Centrale Noor: l’interruption de l’exploitation par Acwa Power suscite des interrogations

30 mars 2024 - 10:38

La décision de la société saoudienne « Acwa Power Company » d’interrompre l’exploitation de la centrale solaire « Noor 3 » à Ouarzazate suite à des pannes suscite plusieurs interrogations quant à son timing et à ses motivations.

Selon les sources du journal « Al Youm24 », les pannes et les dysfonctionnements de la station « Noor 3 », entrée en fonction en 2018 avec une production de 150 mégawatts (MGW) d’énergie solaire, ne datent pas d’hier. Ils se sont produits plusieurs fois ces dernières années, mais n’ont jamais été rendus public. Il est même arrivé que la station soit mise à l’arrêt, en catimini, pendant plusieurs mois. Pourquoi alors l’entreprise, a-t-elle annoncé, officiellement aujourd’hui qu’une panne l’oblige à un arrêt forcée? et Quelle sont les causes de ce ces dysfonctionnements récurrents?

Tout d’abord, il convient de rappeler que « Acwa Power », leader du dessalement de l’énergie et de l’eau, a publié le 24 mars un communiqué adressé au marché saoudien « Tadawul », annonçant l’arrêt de ses activités dans « Nour 3 » en raison d’une fuite dans le réservoir de sels fondus. Une interruption de l’exploitation annoncée jusqu’en novembre 2024. Elle a tenu à préciser que la part de son investissement dans le projet s’élève à 75% (contre 25% pour l’Agence nationale de l’énergie solaire «Mazen») et a annoncé que ses pertes sont estimées à 47 millions de dollars. En attendant, elle a annoncé qu’elle travaillait sur la réparation d’une cuve avec la possibilité d’en construire un nouvelle.

Selon nos sources, Il semble, donc, que la société cotée en bourse ait eu recours à l’annonce de l’interruption de ses activités dans « Noor 3 » et de ses pertes de manière à ce que ses données soient transparentes vis-à-vis de ses actionnaires.

Deuxièmement, le projet « Noor 3 » adopte une technologie différente de celle utilisée dans « Noor 1 » et « Noor 2 ». Dans ce projet, une grande cuve est utilisée pour concentrer l’énergie thermique collectée par des miroirs solaires, répartie sur de vastes espaces. L’énergie est ainsi produite à l’aide de la technologie des sels fondus.

Cette technologie est également utilisée dans deux expériences réussies en Espagne, mais leur capacité de production ne dépasse pas 20 mégawatts pour chaque station. La station « Noor 3 », elle, a été réalisée pour produire 150 MGW, une capacité de production sans précédent nécessitant la construction d’une grande cuve en acier capable de résister à des températures élevées.

Selon des sources d’ « Al youm24 », la cuve a été percé à plusieurs reprises, en raison de la grande chaleur, ce qui a entraîné l’arrêt des travaux plusieurs fois depuis le début du projet.

Troisièmement, bien que le saudien «  Acwa Power Company » détienne 75% du projet, 80% de son financement, environ 860 millions de dollars, provient d’institutions financières internationales, avec une garantie souveraine marocaine fournie par l’Agence « Mazen ».

Cette formule de financement n’était pas appropriée pour les programmes de partenariat Public-Privé, car les projets de financement sont censés être inclus dans les offres des entreprises concurrentes, étant donné que la garantie de prêt est le projet lui-même. L’agence « Mazen » a eu recours à une autre formule: apporter des financements d’institutions internationales avec des garanties souveraines, ce qui pose un vrai défi au cas où le projet ne parviendrait pas à rembourser ses dettes.

Jusqu’à présent, ni le ministère de la Transition énergétique ni l’Agence (Mazen) n’ont réagi à l’annonce de l’interruption des travaux de la centrale solaire « Nour 3 » pour donner des explications.

Comment seront compensés les 150 mégawatts d’énergie solaire produits par cette station? Les pertes de 47 millions de dollars annoncées par « Acwa Power » seront elles compensés via une aide de l’État saoudien ? Ou bien alors cela pourrait-il conduire à l’arrêt du projet dans sa forme actuelle ?

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