Dr. Abdelhak Belechger
Aziz Akhannouch a annoncé, de manière inattendue, sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du Rassemblement National des Indépendants (RNI). Cette décision l’écarte de la direction du parti à l’approche des échéances électorales de 2026, dont l’organisation est prévue, en principe, pour le mois de septembre prochain.
Cette annonce, intervenue sans préparation politique ni signaux organisationnels préalables, a ouvert la voie à de nombreuses interrogations : s’agit-il de considérations strictement personnelles, comme il l’a affirmé ? Sommes-nous face à une recomposition du paysage partisan et politique à l’horizon 2026 ? Cette décision est-elle liée à la dégradation de l’image d’Akhannouch auprès de l’opinion publique, notamment après les mobilisations de la « Génération Z », qui ont brandi des slogans réclamant son départ ? Et surtout, quel nom pourrait lui succéder lors du congrès extraordinaire prévu le 7 février ?
Akhannouch avait été élu pour la première fois président du RNI lors d’un congrès extraordinaire tenu le 29 octobre 2016, succédant à Salaheddine Mezouar, à la suite des résultats des élections législatives de la même année. Fait marquant à l’époque : Akhannouch, qui s’était éloigné de l’activité partisane, avait été rappelé en urgence et élu quasi unanimement, avec 1 707 voix sur 1 832.
Cette séquence avait coïncidé avec la nomination d’Abdelilah Benkirane à la tête du gouvernement. Ce dernier avait attendu la tenue du congrès extraordinaire du RNI pour voir Akhannouch accéder à la direction du parti et devenir un partenaire central de la coalition gouvernementale.
Le 5 mars 2022, le parti lui avait renouvelé sa confiance pour un second mandat, avec 2 548 voix sur 2 549. Bien avant cela, le nom d’Akhannouch figurait parmi les signataires du manifeste fondateur du mouvement « Pour tous les démocrates » en 2008, initiative conduite par Fouad Ali El Himma. Un an auparavant, il avait été nommé ministre de l’Agriculture sans appartenance partisane. Il avait également apporté un soutien financier et moral au Parti Authenticité et Modernité lors des élections de 2016.
Ces éléments renforcent l’image d’Akhannouch comme une figure évoluant dans la logique des « élites de l’État ». Il ne correspond pas au profil classique du responsable partisan ; ses rôles politiques s’adaptent aux différentes phases de recomposition du champ politique. Cette dynamique se confirme par le fait qu’il a occupé le portefeuille de l’Agriculture depuis 2007 jusqu’à sa nomination à la tête du gouvernement en 2021.
Akhannouch a achevé deux mandats consécutifs à la tête du parti, soit le maximum autorisé par les statuts. Une prolongation pour un troisième mandat restait juridiquement possible, et n’était pas exclue politiquement. Des sources internes évoquent même une orientation largement majoritaire en faveur de cette option.
Toutefois, une telle prolongation n’aurait pas eu une portée uniquement organisationnelle ; elle aurait également revêtu une signification politique forte, en ouvrant la perspective d’une conduite du parti vers les élections de 2026, et donc la possibilité d’un second mandat à la tête du gouvernement en cas de victoire du RNI.
Ce scénario rappelle l’expérience du Parti de la Justice et du Développement, lorsque le mandat de Benkirane avait été prolongé avant les élections de 2016, ce qui avait débouché sur une phase de blocage politique ayant abouti à son éviction. Une telle trajectoire s’inscrit dans une tradition politique qui tend à empêcher l’installation durable d’un chef de gouvernement sur deux mandats consécutifs.
Il est vrai qu’Akhannouch a réussi, lors des élections de 2021, à évincer le Parti de la Justice et du Développement de la première place, ce que le Parti Authenticité et Modernité n’avait pas réussi à faire en 2016. Toutefois, le coût politique de sa permanence au pouvoir a progressivement augmenté. Son image a été affectée par des accusations de conflit d’intérêts et il est devenu une cible directe de slogans protestataires portés par la jeunesse. La diffusion de photos privées le montrant avec sa famille lors de vacances estivales en Sardaigne ne s’inscrit pas dans un registre anodin, mais dans un contexte de pression croissante.
Dans cette perspective, une partie des observateurs estime que le maintien d’Akhannouch à la tête du parti, et éventuellement du gouvernement, est devenu politiquement coûteux, tant pour le parti que pour l’État, et que son cycle politique touche à sa fin.
Des informations circulant au sein du parti indiquent que la décision de ne pas se représenter a été prise dans un cercle restreint et a surpris la direction du RNI. Il a été décidé rapidement de convoquer un congrès extraordinaire le 7 février, avant l’expiration de son mandat en mars, plutôt que d’attendre un congrès ordinaire en avril, qui aurait permis une sortie plus progressive. Cette précipitation alimente plusieurs hypothèses : s’agit-il d’un signal de mécontentement à l’égard d’Akhannouch ? Ou vise-t-elle à offrir à la future direction un délai suffisant pour réorganiser les structures internes et préparer les élections de 2026 ? Ou bien existe-t-il d’autres enjeux liés à un rôle potentiel pour Akhannouch en dehors de la direction partisane ?
Dans l’attente d’une clarification, l’attention se porte sur l’identité du successeur potentiel. Viendra-t-il des figures connues du parti, telles que Rachid Talbi Alami, Mohamed Oujjar, Nadia Fettah Alaoui ou Mohamed Boussaid ? Ou le parti — ou les cercles qui l’entourent — surprendra-t-il l’opinion en proposant une personnalité extérieure ?
Dans ce contexte, plusieurs noms circulent, parmi lesquels Moulay Hafid El Alami, Fouzi Lekjaa et Mohamed Benchaâboun. À ce stade, il s’agit toutefois de simples spéculations, dans l’attente des développements des prochains jours.
