Dr. Cherkaoui Roudani
Entre diagnostic institutionnel et procès de la pratique partisane, le professeur universitaire Dr. Cherkaoui Roudani, expert en géostratgie et sécurité. soutient que le Maroc traverse moins une crise de l’État qu’un moment de vérité pour la politique. À partir du retrait d’Aziz Akhannouch de la direction du RNI, l’auteur décrit un modèle de gouvernance où le politique s’imbrique à l’économique, au risque de substituer un « patriotisme de l’intérêt » à l’intérêt national, et appelle à un renouvellement des élites, à une séparation claire entre décision publique et intérêts privés, ainsi qu’à une restauration de la responsabilité et de l’arbitrage au cœur du jeu partisan.
Dans la conjoncture politique actuelle, le Maroc ne fait face ni à une crise des institutions ni à une fragilisation de la légitimité constitutionnelle, mais se trouve confronté à une épreuve profonde de l’ensemble de la pratique partisane. La question posée aujourd’hui ne concerne plus les équilibres électoraux ni la redistribution des positions au sein du champ politique ; elle touche au cœur même de la relation entre l’État et la politique, ainsi qu’aux limites de la capacité de l’action partisane à s’inscrire dans le temps d’un État qui avance à la vitesse de l’histoire et reconfigure sa position économique, sociale et géopolitique selon une logique stratégique claire.
Dans ce contexte précis, et à la lumière de la décision politiquement requise prise par Aziz Akhannouch de se retirer de la direction du Parti du Rassemblement National des Indépendants, il devient impossible de se contenter d’une lecture de l’événement dans sa seule dimension partisane étroite. La question dépasse un simple changement de direction ou un réaménagement interne ; elle ouvre la perspective sérieuse que la scène politique marocaine soit à l’aube d’un tournant qualitatif qui pourrait s’apparenter — par sa signification et non par son caractère chaotique — à une forme de secousse politique résultant de l’accumulation de dysfonctionnements structurels devenus difficiles à contenir par les schémas traditionnels.
En effet, le paysage partisan, dans son ensemble, vit depuis des années sous une pression continue : la pression de la contradiction entre un État qui progresse selon une logique de réforme graduelle et de grands choix stratégiques, et une politique partisane demeurée prisonnière de la logique de la gestion quotidienne, de la gestion des positions, et du report des questions fondamentales relatives au renouvellement, à l’intégrité et à la capacité de produire des élites politiques crédibles. Avec l’accumulation de ces pressions, la structure politique est progressivement devenue incapable d’absorber les tensions par les mécanismes habituels ; des fissures latentes ont commencé à se former au cœur même de la pratique, demeurant existantes mais non déclarées, jusqu’à ce qu’un moment révélateur impose la sortie de l’un des symboles les plus marquants de la phase actuelle de la scène partisane hors de la vie politique.
Dans ce sens, ce qui se produit aujourd’hui peut être lu comme une libération d’une énergie politique accumulée sous le poids de contraintes structurelles, où le changement ne s’opère plus par une réforme fluide et graduelle, mais par une première rupture suivie de glissements successifs le long de lignes de divergence profondes, déjà présentes au sein du champ partisan : des foyers de dysfonctionnement entre le discours et la pratique, entre l’État et le parti, entre la responsabilité et l’intérêt, entre la légitimité électorale et la légitimité morale. Il s’agit de failles structurelles qui ne sont pas apparues aujourd’hui ; elles ont été ignorées pendant huit années, jusqu’à ce que la réalité impose le moment de leur désagrégation progressive.
Cependant, ce « séisme politique », si tant est que la qualification soit pertinente, n’affecte pas l’État et ne menace pas sa stabilité ; il touche avant tout le mode de pratique partisane, qui a épuisé sa capacité d’adaptation. L’État marocain, par sa logique souveraine et la profondeur de ses institutions, dispose d’outils de continuité et de correction qui lui permettent d’absorber les transformations. La politique, en revanche, si elle ne prend pas l’initiative de se réexaminer, de renouveler ses élites et de redéfinir sa fonction comme service public et comme arbitrage souverain, deviendra le maillon le plus fragile dans l’équation de la transformation. Dès lors, la question aujourd’hui ne porte pas sur « qui succède à qui », mais sur une interrogation plus profonde et plus périlleuse : assistons-nous au début d’une recomposition du champ politique marocain « par le sommet » ? Les partis, collectivement, disposent-ils de la capacité de comprendre et de transformer cette secousse en une opportunité de renouvellement, ou la traiteront-ils comme un événement isolé, au risque d’en amplifier les répercussions à venir ?
Les grands moments de transformation ne se mesurent pas à l’intensité du premier choc, mais à la capacité des acteurs à en saisir la signification historique. Ce qui se profile aujourd’hui ne relève pas d’une crise de gouvernance, mais d’une crise de la pratique. Une crise qui, si elle n’est pas traitée avec la rationalité de l’État et le courage politique nécessaires, verra la logique de l’histoire se charger de dépasser ceux qui n’auront pas su lire correctement les signaux.
Ce que nous vivons aujourd’hui ne constitue pas un affrontement entre l’État et les partis politiques, mais un dysfonctionnement structurel dans la compréhension même de l’État. L’État n’est ni un simple appareil administratif ni un espace de gestion des intérêts ; il est une entité souveraine fondée sur la continuité, l’arbitrage, la régulation des équilibres et la protection de l’intérêt supérieur dans la longue durée. Lorsque la politique est réduite à une gestion conjoncturelle ou à une ingénierie des positions de pouvoir, elle perd sa fonction médiatrice et se transforme d’un levier social censé produire du sens et de l’orientation en un fardeau silencieux qui accumule le doute et le retrait.
« Ce que nous vivons aujourd’hui ne constitue pas un affrontement entre l’État et les partis politiques, mais un dysfonctionnement structurel dans la compréhension même de l’État. »
Dans ce contexte, cette expérience gouvernementale ne peut être lue uniquement sous l’angle du bilan technique ou des indicateurs économiques ; elle doit être déconstruite comme une expérience révélatrice d’un modèle de gestion qui s’est constitué au cours de la période récente, un modèle qui, dans sa profondeur, entre en contradiction avec la transformation qualitative appelée par la vision royale dans plusieurs discours de Sa Majesté le Roi. Cette expérience a en effet produit un système dans lequel le politique et l’économique s’entrelacent jusqu’à la fusion, un système nourri par la logique du patriotisme de l’intérêt et non par celle de l’intérêt de la nation, alors même que les discours royaux affirmaient, avec une clarté sans équivoque, que la phase exige une rupture avec les conflits d’intérêts, avec la confusion entre pouvoir et responsabilité, et avec toute pratique vidant l’action politique de sa dimension éthique et souveraine.
Dans ce cadre, le patriotisme de l’intérêt ne renvoie pas à une simple qualification morale passagère, mais à un système politico-comportemental dans lequel le discours national est mobilisé pour justifier l’imbrication des intérêts privés avec la décision publique. Il s’agit d’un patriotisme sélectif, mesuré à l’aune de la capacité à présenter l’intérêt catégoriel sous les habits de la stabilité ou de l’efficacité, et utilisé comme un instrument de justification plutôt que comme un engagement souverain. En ce sens, le patriotisme se transforme d’un principe fédérateur soumis à la reddition des comptes en un capital symbolique susceptible d’être instrumentalisé, et l’État passe du rôle d’arbitre entre les intérêts à celui d’intermédiaire dans leur redistribution.
Dans ce système, la séparation entre la décision publique et l’intérêt privé n’est plus clairement établie ; elle a été diluée au nom du réalisme et de la gestion, et le patriotisme a été redéfini comme un patriotisme de la justification et non comme un patriotisme de la responsabilité. La légitimité politique ne se fonde plus sur la prise en charge du coût social des décisions ni sur l’alignement explicite sur l’intérêt général, mais sur la capacité d’adaptation aux rapports de force économiques, présentée comme un service rendu à la nation. Ainsi, l’action politique a été vidée de sa fonction arbitrale, et la politique a reculé du statut de champ du choix souverain vers celui de mécanisme de gestion des équilibres et de réduction des risques.
« Le patriotisme de l’intérêt n’est pas un simple jugement moral, mais un système où le discours national sert à justifier l’imbrication des intérêts privés avec la décision publique. »
Sa Majesté le Roi Mohammed VI a insisté, à plus d’une occasion, sur le fait que le Maroc n’a plus besoin d’une politique de justification ni d’une politique purement gestionnaire, mais d’une pratique politique fondée sur le sérieux, l’efficacité, l’articulation de la responsabilité avec la reddition des comptes, et le renouvellement des élites capables de servir l’intérêt général plutôt que de reproduire les privilèges. Cet appel à une accélération qualitative de la pratique politique ne relevait pas d’un simple slogan rhétorique, mais constituait l’annonce d’un basculement de l’État vers une nouvelle logique, dans laquelle la compétence est conditionnée par l’intégrité, l’efficacité par la responsabilité, et la loyauté véritable envers la nation associée au service de l’intérêt général plutôt qu’aux conflits d’intérêts.
Cependant, le modèle qui a marqué cette expérience gouvernementale a évolué dans une direction opposée. Au lieu de consacrer une séparation stricte entre le pouvoir et l’intérêt, se sont enracinées des pratiques pouvant être qualifiées de patriotisme des privilèges, où les réseaux d’influence sont présentés comme des instruments de gestion plutôt que comme des objets de reddition des comptes, et où la critique et la responsabilité sont perçues comme des menaces pour la stabilité plutôt que comme des conditions de celle-ci. Au lieu que la politique soit un outil d’arbitrage entre des intérêts divergents au nom de l’État, elle s’est transformée, dans nombre de ses manifestations, en un mécanisme d’adaptation à la logique du marché, ce qui a affaibli la confiance de la société dans l’action partisane et vidé le patriotisme de son contenu souverain. C’est ici que se manifeste la contradiction fondamentale avec la vision royale, laquelle ne conçoit pas la stabilité dans le silence ni dans la mise en sommeil de la politique, mais dans son renouvellement, et ne voit pas l’efficacité dans la seule rapidité de la décision, mais dans sa justice et sa crédibilité. Tout modèle de gouvernance qui dissout la politique dans l’économie et qui troque l’intérêt général contre un patriotisme d’intérêt conjoncturel est un modèle voué au dépassement, même s’il paraît stable en apparence.
La vision royale ne demande pas au gouvernement d’être technique, mais d’être politique au sens noble du terme, c’est-à-dire capable de choisir, d’arbitrer, d’assumer le coût social des décisions et d’afficher un engagement clair en faveur de l’intérêt général. Dans cette perspective, cette expérience ne se pose pas comme une question de personnes, mais comme un modèle de pratique, qui soulève une interrogation fondamentale sur la capacité de la politique, dans sa forme actuelle, à s’inscrire dans le temps de l’État tel que le conçoit Sa Majesté le Roi.
Le problème, dans son essence, ne réside ni dans le parcours professionnel du chef du gouvernement ni dans le fait qu’il soit un homme d’affaires, mais dans le transfert de la mentalité du marché vers la mentalité du parti, et dans le traitement de la politique comme une extension de la gestion de projets plutôt que comme un espace d’assomption de la responsabilité politique. Un parti n’est pas une entreprise, une décision publique n’est pas une transaction, et un gouvernement n’est pas un conseil d’administration. Lorsque ces registres se confondent, la politique perd son sens, et le gouvernement se transforme d’une pratique d’arbitrage au nom de l’intérêt général en une opération de gestion des équilibres régie par des calculs d’influence et la recherche d’intérêts. Cette conception s’est reflétée clairement dans une composition gouvernementale au sein de laquelle ont été appelés plusieurs profils dépourvus de trajectoire politique et d’expérience dans la gestion du conflit public, mais placés dans des postes décisionnels de premier plan. Le problème ne tenait pas à la compétence technique, mais à l’absence de légitimité politique et à l’incapacité de représenter la volonté générale. Dans la logique de l’État, un ministre n’est pas uniquement un expert, mais un acteur politique qui assume une responsabilité historique devant la société.
Ce déséquilibre s’est approfondi lorsque certaines composantes de la « première garde » au sein du parti dirigeant le gouvernement se sont enfermées dans des calculs périphériques et des trajectoires personnelles sans lien avec la gestion des affaires publiques, à un moment où le pays avait un besoin impérieux de concentration totale sur les dossiers sociaux, le pouvoir d’achat et la restauration de la confiance publique. Cela a renforcé le sentiment que la politique n’est plus un espace de service public, mais un champ de recyclage des positions et de protection des intérêts. La tension a atteint son paroxysme lors de confrontations mal maîtrisées avec la logique même de l’État, comme l’ont révélé certaines déclarations émanant d’un ancien responsable gouvernemental, qui ont porté atteinte au statut d’institutions souveraines centrales. Il ne s’agissait pas d’un simple dérapage verbal, mais de la manifestation d’une mauvaise appréciation de la nature de l’État marocain, lequel ne se gouverne ni par la provocation ni par le langage du conflit partisan. L’État, dans sa structure profonde, fonctionne selon l’équilibre, l’accumulation et la régulation silencieuse, et toute tentative de l’entraîner dans des polémiques conjoncturelles alimentées par des calculs étroits ou des discours irresponsables ne conduit qu’à l’érosion de la légitimité des acteurs et à la mise en lumière de leurs insuffisances, tandis que l’État demeure à l’écart de ces dérives.
À l’inverse, les nouvelles générations, au premier rang desquelles la génération Z, observent cette scène avec un détachement et une froideur croissants. Elles ne manifestent pas de rejet de l’État ni de remise en cause de sa légitimité, mais expriment un sentiment grandissant selon lequel la pratique politique, dans sa forme actuelle, ne répond plus à leurs préoccupations ni à leurs attentes. Cette génération, dont la conscience et les savoirs se construisent dans un monde globalisé et accéléré, aborde la politique avec un esprit critique rigoureux et n’accorde sa confiance qu’à la condition de percevoir une cohérence réelle entre le discours et la pratique, ainsi qu’une capacité tangible à influer sur ses conditions de vie et ses perspectives d’avenir. Lorsqu’elle est confrontée à un paysage dominé par les conflits d’intérêts, le clientélisme, la pauvreté du discours et l’absence de figures exemplaires, elle parvient à une conclusion sévère : la participation électorale, voire même l’engagement partisan, ne produisent plus d’effet significatif. Il s’agit là du danger le plus grave auquel puisse être confronté un système politique, car le retrait silencieux érode lentement la légitimité de la politique et dépasse en gravité l’opposition bruyante ; le vide politique ne demeure jamais longtemps vide, il se trouve toujours comblé par des formes alternatives qui échappent aux logiques d’encadrement et de responsabilité.
Quant aux autres partis, la majorité d’entre eux ont glissé vers ce que l’on peut qualifier de politique de la stagnation organisée, où le refus du changement est devenu un comportement structurel et où l’évitement de la révision des structures internes et des modes de leadership s’est imposé comme un choix stratégique implicite. Ces organisations ne constituent plus des espaces de production d’idées nationales ni des plateformes de génération de grandes visions, mais sont devenues des entités fermées, gérées selon une logique de pérennisation des directions plutôt que d’innovation politique, fonctionnant selon une sorte d’économie de recyclage élitaire plutôt que d’investissement dans la formation d’une nouvelle élite politique capable de comprendre les transformations de l’État, la complexité de la société et les exigences du temps stratégique. Par cette évolution, les partis ont progressivement abandonné leur rôle historique de laboratoires de légitimité politique et de pépinières de formation des cadres publics, pour se contenter d’un rôle d’intermédiaire administratif chargé de gérer des équilibres internes étroits. Le projet politique national ne constitue plus l’horizon structurant de leur action, et la formation des dirigeants n’est plus une fonction centrale ; la politique s’est trouvée réduite à la gestion des positions et au report des grandes questions liées au pouvoir, à la responsabilité et au choix sociétal.
Le plus préoccupant dans cette trajectoire tient au fait que nombre de ces dirigeants n’ont pas encore pris la mesure que les appels répétés des discours royaux au renouvellement des élites ne relèvent ni d’une exhortation morale ni d’une réforme formelle, mais constituent une nécessité structurelle pour garantir l’équilibre politique et social et sa pérennité. Lorsque les partis refusent la transformation, ferment les voies de l’ascension politique et se coupent de la société, ils ne préservent pas la stabilité ; ils accumulent au contraire les facteurs d’érosion et creusent l’écart entre la politique et la société. Au fond, la vision de l’État apparaît claire et constante : il n’y a pas de stabilité sans réforme, pas de réforme sans nouvelles élites, et pas de nouvelles élites sans rupture explicite avec la logique de la rente politique et de la transmission héréditaire des positions. L’avenir ne se construit pas avec les mêmes visages ni avec les mêmes outils, mais avec une génération dotée de compétence, d’intégrité et de la capacité de concevoir l’État comme une responsabilité historique et non comme un butin provisoire. Dans ce cadre, le Maroc ne se trouve pas aujourd’hui au bord d’une crise, mais face à une épreuve politique décisive : soit la politique retrouve son sens en tant que service public et instrument de construction de l’État, soit elle poursuit sa trajectoire jusqu’à devenir un fardeau pour l’État au lieu d’en être le bras sociétal. Dans les grands moments de transformation, la politique n’est pas jugée sur ses intentions, mais sur sa capacité à produire des femmes et des hommes d’État.
À partir de ce diagnostic, il apparaît que l’enjeu central de la phase actuelle ne réside pas dans la gestion des équilibres conjoncturels, mais dans la réorientation de la pratique partisane, en la faisant passer de la logique du patriotisme de l’intérêt à l’horizon de l’intérêt de la nation. Cela requiert une approche stratégique à la fois calme et ferme de la réalité du travail politique, fondée sur l’engagement des dirigeants partisans dans une réforme interne explicite et responsable avant qu’elle ne soit « imposée d’en haut », ainsi que sur un renouvellement qualitatif des élites partisanes, l’instauration d’une séparation claire et rigoureuse entre l’action politique et les intérêts privés, et le renforcement d’une culture de l’arbitrage institutionnel au sein de la pratique partisane, garantissant la primauté de l’intérêt général sur toute considération conjoncturelle ou catégorielle. Cette phase impose également aux partis politiques de réhabiliter l’action politique comme un engagement national à dimension souveraine, et non comme un espace de gestion de l’influence ou un paravent justifiant les privilèges. La restauration de la confiance sociale passe nécessairement par des mécanismes clairs de reddition des comptes, d’évaluation et d’articulation entre responsabilité et résultats, afin de faire évoluer la politique d’une logique de justification vers une logique de responsabilité, et d’un patriotisme sélectif vers un patriotisme fondé sur le service du bien commun.
« Le renouvellement politique n’est plus un choix organisationnel ni un slogan, mais une nécessité stratégique pour préserver l’équilibre du système et la confiance collective. »
L’État, par sa logique constitutionnelle et sa profondeur historique, demeure capable de corriger les trajectoires et d’assurer la continuité ; cependant, la valeur réelle de cette capacité de correction reste conditionnée par l’aptitude de l’acteur partisan à s’inscrire dans le temps de l’État, à assimiler les exigences de la transformation et à passer de la logique du patriotisme de l’intérêt à l’horizon du patriotisme de la responsabilité. Le renouvellement politique n’est plus un choix organisationnel ni un slogan discursif, mais une nécessité stratégique pour garantir l’équilibre du système politique, la durabilité de la confiance et la bonne gestion des transformations majeures que connaît le Maroc.
En conclusion de ce parcours, la question essentielle se pose comme une question d’avenir et non de passé : les dirigeants des partis politiques disposent-ils du courage nécessaire pour faire prévaloir l’intérêt de la nation sur le patriotisme de l’intérêt et s’engager dans une révision sincère plaçant la responsabilité avant la position ? Dans les grands moments de transformation, l’histoire ne consacre pas ceux qui s’agrippent aux positions, mais ceux qui possèdent le courage du choix au moment opportun, lorsque le retrait lucide devient une forme de responsabilité et un critère discriminant entre un patriotisme réellement pratiqué et un patriotisme fonctionnel utilisé comme paravent de la perpétuation.
(Traduit de l’arabe par l’équipe de alyaoum24.fr)

