La présidente intérimaire du Venezuela, Delcy Rodríguez, a appelé samedi à parvenir à des accords politiques avec l’opposition afin de garantir la paix dans le pays. Cette prise de position intervient dans un contexte exceptionnel, marqué par la destitution et la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier dernier.
Ancienne vice-présidente du régime chaviste, Delcy Rodríguez a assumé la direction intérimaire de l’État dans un climat de forte tension politique, institutionnelle et sociale. Depuis La Guaira, elle a affirmé que la situation actuelle exigeait de dépasser les clivages partisans. Selon elle, la paix du Venezuela doit primer sur les rivalités idéologiques et les calculs politiques.
« À partir de nos différences, nous devons nous parler avec respect, nous rencontrer et trouver des accords », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité d’un dialogue politique entre Vénézuéliens.
Un appel à un dialogue “nationalisé”
La présidente intérimaire a demandé au président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, d’organiser des rencontres avec l’ensemble des forces politiques du pays. Elle a souligné que ce dialogue devait produire des résultats concrets et rapides, tout en rejetant toute médiation ou pression extérieure.
Dans son discours, Delcy Rodríguez a plaidé pour un dialogue politique strictement national, affranchi des influences étrangères, qu’elles proviennent de Washington, de Bogotá ou de capitales européennes. L’objectif affiché est de reconstruire un minimum de consensus interne autour de la stabilité et de la gouvernabilité du pays.
Cette inflexion du discours officiel marque un changement de ton notable, après des années de confrontation systématique avec l’opposition et de fermeture de l’espace politique.
La question sensible des détenus politiques
Sur le dossier des prisonniers politiques, le gouvernement intérimaire affirme avoir procédé à plus de 600 libérations depuis décembre. Des chiffres contestés par plusieurs organisations de défense des droits humains, qui évoquent un nombre nettement inférieur et dénoncent des libérations progressives, limitées et peu transparentes.
Selon ces sources indépendantes, plusieurs centaines de personnes resteraient détenues pour des motifs politiques. Les familles des prisonniers dénoncent un processus lent et conditionné, loin des annonces officielles.
Un contexte de forte crispation
Le Venezuela sort de plusieurs années de contrôle étatique renforcé, de restrictions des libertés publiques et de répression des mobilisations populaires. Les manifestations ayant suivi la réélection contestée de Nicolás Maduro en 2024 s’étaient soldées par des arrestations massives et l’instauration d’un état d’exception renforcé.
Dans ce contexte, l’appel au dialogue lancé par Delcy Rodríguez est accueilli avec prudence par l’opposition, qui s’interroge sur la portée réelle de cette ouverture et sur les garanties concrètes d’un processus politique crédible.
Si certains y voient une tentative de stabilisation après une rupture brutale de l’ordre politique, d’autres y perçoivent avant tout une stratégie de repositionnement visant à préserver les structures du pouvoir en place sous une nouvelle configuration.
L’évolution de ce dialogue, s’il se matérialise, constituera un test décisif pour mesurer la capacité du Venezuela à sortir durablement de la crise politique et institutionnelle qui le traverse.
