À Paris, dans une salle de classe du lycée Edgar-Quinet, une vingtaine d’élèves de seconde ont récemment échangé pendant plus d’une heure avec Boualem Sansal, écrivain franco-algérien et figure emblématique de la liberté d’expression. Cette rencontre s’inscrivait dans la deuxième édition du programme « Caricature et démocratie », une initiative lancée par la région Île-de-France à l’occasion du dixième anniversaire des attentats contre Charlie Hebdo.
Invité par la présidente de région Valérie Pécresse, l’auteur – récemment élu à l’Académie française et naturalisé français après avoir été déchu de sa nationalité algérienne – a partagé avec les élèves une réflexion à la fois grave et accessible sur les contours, les limites et les risques de la liberté d’expression. « Je ne crois pas qu’il existe une définition universelle de la liberté d’expression », a-t-il expliqué d’une voix encore marquée par l’épreuve, rappelant que ce droit, comme les droits humains en général, repose avant tout sur un consensus fragile.
La rencontre, placée sous le thème « Rire malgré tout », faisait écho au travail des caricaturistes de presse. Sansal a insisté sur la fonction essentielle du rire dans les sociétés humaines : « La plus grande victoire de l’humanité, c’est le rire », a-t-il lancé aux élèves, avant d’ajouter que l’humour, parfois perçu comme un blasphème, constitue aussi une manière de rendre la vie plus supportable. « Moquez-vous de tout, critiquez, mais apprenez à bien le faire », a-t-il conseillé, tout en soulignant que ce qui est permis en France peut conduire ailleurs à la prison, voire à la mort.
Au fil des échanges, les lycéens ont analysé plusieurs caricatures, notamment issues de Charlie Hebdo ou signées Xavier Gorce. Certaines images ont suscité l’incompréhension, d’autres des débats animés. L’écrivain en a profité pour rappeler l’importance de la lecture et des mots : « Quand on n’a pas les mots pour s’exprimer, c’est une catastrophe », a-t-il affirmé, insistant sur le rôle fondamental de la culture dans l’exercice de la liberté.
Pour Valérie Pécresse, cette rencontre illustre l’esprit du programme régional : faire dialoguer les jeunes avec des artistes, des écrivains ou des dessinateurs engagés afin de leur faire prendre conscience de la chance de vivre dans un pays où l’expression demeure libre. Les enseignants présents ont salué la portée pédagogique de l’échange, soulignant la force symbolique d’un écrivain ayant connu la prison pour ses prises de position.
Boualem Sansal, lui, a conclu sur une note à la fois grave et engagée, rappelant le sort de celles et ceux qui, à travers le monde, restent enfermés pour avoir parlé librement. Une manière de rappeler aux élèves que la liberté d’expression, loin d’être acquise, demeure un combat quotidien.
Selon Le Figaro (édition du 6 février 2026), cette initiative illustre la volonté des institutions éducatives et culturelles françaises de transmettre aux nouvelles générations une conscience aiguë des enjeux démocratiques liés à la parole, au rire et à la critique.
