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Washington plaide pour un nouveau cadre nucléaire à trois avec Moscou et Pékin

07 février 2026 - 16:04

Au lendemain de l’expiration du traité New START, les États-Unis appellent à l’ouverture de négociations tripartites avec la Russie et la Chine sur la non-prolifération nucléaire. Une initiative qui se heurte déjà au refus de Pékin et aux conditions posées par Moscou, dans un contexte de craintes renouvelées d’une course aux armements.

Les États-Unis ont officiellement invité la Russie et la Chine à s’engager dans des discussions communes visant à définir de nouvelles règles de limitation des arsenaux nucléaires. L’appel intervient après la fin, jeudi, du traité New START, dernier accord majeur encadrant les forces stratégiques américaines et russes, et qui plafonnait à 1 550 le nombre d’ogives déployées par chaque camp.

Pour Washington, le temps des accords strictement bilatéraux est révolu. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a estimé que le contrôle des armements ne pouvait plus se limiter à un face-à-face entre Washington et Moscou. Selon lui, d’autres puissances ont désormais un rôle central à jouer dans la stabilité stratégique mondiale, au premier rang desquelles figure la Chine.

Cette position a été détaillée à Genève par Thomas DiNanno, sous-secrétaire d’État chargé du contrôle des armements, lors de la Conférence du désarmement de l’ONU. Il a critiqué les « failles structurelles » de New START, évoquant des violations répétées de la part de la Russie, l’augmentation globale des arsenaux nucléaires et un cadre jugé inadapté aux menaces actuelles. Washington plaide ainsi pour une « nouvelle architecture » du désarmement.

La Chine est directement visée par cette démarche. Les responsables américains dénoncent un arsenal chinois en forte expansion, sans plafonds ni mécanismes de transparence comparables à ceux existant entre Washington et Moscou. Les autorités américaines affirment que Pékin pourrait dépasser le seuil des 1 000 ogives nucléaires d’ici 2030, une perspective jugée préoccupante pour l’équilibre stratégique mondial.

Pékin a toutefois fermé la porte à court terme. Son représentant adjoint auprès des Nations unies à Genève a réaffirmé que les capacités nucléaires chinoises restaient très inférieures à celles des États-Unis et de la Russie. Dans ces conditions, la Chine refuse de participer à des négociations de désarmement à ce stade, estimant que la responsabilité première incombe aux puissances disposant des arsenaux les plus importants.

De son côté, Moscou se montre réservé à l’idée d’un format strictement tripartite. Les autorités russes estiment qu’un éventuel nouveau processus devrait inclure d’autres puissances nucléaires, notamment la France et le Royaume-Uni. Une option qui suscite des réticences à Londres, où les responsables soulignent le caractère « minimal » de la dissuasion britannique, tandis que Paris rappelle la nécessité, pour tous les États dotés de l’arme nucléaire, de réduire les risques d’utilisation.

La fin de New START laisse la planète sans cadre juridique contraignant sur les armes les plus destructrices jamais conçues. Le président américain Donald Trump a appelé à la négociation d’un accord « nouveau et modernisé », tout en affirmant que Washington abordera ces discussions « en position de force ». Il a également évoqué, à plusieurs reprises, la possibilité de reprendre des essais nucléaires, une perspective qui inquiète la communauté internationale.

Derrière ces échanges diplomatiques, une réalité s’impose : alors que les États-Unis et la Russie concentrent encore plus de 80 % des ogives mondiales, la montée en puissance rapide de la Chine modifie les équilibres hérités de la guerre froide. L’initiative américaine ouvre un débat de fond sur la gouvernance nucléaire mondiale, à un moment où l’absence de règles communes ravive le spectre d’une nouvelle course aux armements.

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