Au Parc des expositions Mohammed VI d’El Jadida, situé sur la route nationale reliant El Jadida à Azemmour, le Rassemblement national des indépendants (RNI) a choisi, le samedi 7 février au soir, de dire au revoir à Aziz Akhannouch, après dix années passées à la tête du parti.
Sous une sécurité renforcée, l’accès au Parc Mohammed VI – l’un des plus grands espaces dédiés aux foires et rencontres au Maroc, s’étendant sur près de 46 hectares et accueillant chaque année de grands événements, dont le Salon du cheval – a été strictement encadré.
Dans une vaste salle entourée d’écrans géants, les congressistes ont pris place à l’heure prévue, à seize heures précises. Plus de 1 900 congressistes étaient assis lorsque Akhannouch a fait son entrée sous les projecteurs des caméras. Des slogans scandant son nom ont aussitôt retenti, tandis que son émotion était perceptible.
Un congrès sans invités
Aucun invité marocain ou étranger n’avait été convié à la séance d’ouverture, contrairement aux usages habituels. L’atmosphère n’avait rien de festif : une impression de gravité, mêlée d’inquiétude et de tristesse, dominait la salle.
Une quarantaine de membres du bureau politique étaient alignés sur l’estrade. À côté d’Akhannouch prenaient place Nadia Fettah, ministre des Finances, Saad Berrada, ministre de l’Éducation, et Amine Tahraoui, ministre de la Santé. Mohamed Chouki, pour sa part, était assis à distance du président. De l’autre côté se tenaient Rachid Talbi Alami, président du congrès, accompagné de Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement.
Après la récitation de versets du Coran, l’hymne national et celui du parti, Rachid Talbi Alami a déclaré le congrès ouvert, annonçant que le quorum était atteint, sans toutefois préciser le nombre exact de participants, promettant de le communiquer après la clôture des inscriptions.
Des slogans en hommage à Akhannouch ont alors interrompu son discours : « Ya Aziz, repose-toi, nous poursuivrons le combat », « Nous continuerons le chemin », ou encore « Avance avec sincérité, tu as accompli un travail honnête ». L’émotion se lisait clairement sur le visage d’Akhannouch.
Nadia Fettah a attiré son attention sur une banderole brandie par des congressistes : « Merci Aziz Akhannouch pour ce que tu as apporté au parti et à la nation ». Les marques de soutien et de compassion ont largement dominé la rencontre.
Un film centré sur le parcours d’Akhannouch
Avant le lancement officiel des travaux, Rachid Talbi Alami a invité l’assistance à visionner un documentaire produit par le parti pour l’occasion. Le film ne retraçait pas l’histoire du RNI depuis sa fondation par Ahmed Osman, gendre du roi Hassan II, mais s’ouvrait directement sur le parcours d’Akhannouch.
Le documentaire débutait par des témoignages de ministres et de cadres du parti exprimant leur « choc » et leur « surprise » à l’annonce de son départ : Mustapha Baitas, Rachid Talbi Alami, Nadia Fettah, Amina Benkhadra, entre autres. Tous évoquaient l’effet de sidération provoqué par cette décision. Mohamed Chouki, en revanche, n’apparaissait pas parmi ceux exprimant cet état de choc ; son intervention, brève, figurait uniquement à la fin du film, dans un passage consacré à l’avenir du parti.
Éloges et reconnaissance
Après la projection, Rachid Talbi Alami a pris la parole pour saluer l’action d’Akhannouch, évoquant « le modèle rassembliste qu’il a instauré » et soulignant son choix de se retirer sans briguer un nouveau mandat, « par respect des statuts et en cohérence avec ses principes ». Il a estimé qu’Akhannouch avait inauguré une nouvelle pratique politique, « porteuse d’une valeur noble qui le distingue sur la scène nationale ».
Il l’a présenté comme une figure exemplaire, incarnant « la valeur du leadership partisan, la bonne gouvernance, la capacité à rassembler et à instaurer l’harmonie, tout en consacrant le principe de la direction collective ».
Selon un responsable présent, cité par Alyaoum24, « Akhannouch a besoin de soutien moral ; quitter un parti qu’il a contribué à construire n’est pas chose aisée ».
Le discours d’adieu
Dans son allocution, Akhannouch a répondu à ses détracteurs l’accusant d’avoir accumulé une fortune ou confondu intérêts privés et intérêt général :
« J’ai toujours envisagé la politique comme un moyen de promouvoir le développement, et non de bâtir une gloire personnelle éphémère. »
Son discours, d’une durée d’environ une heure, était prononcé dans un arabe classique soutenu, rappelant par sa force oratoire certaines prises de parole de figures de la gauche marocaine. Gestuelle expressive, variation du ton selon les passages, Akhannouch s’adressait à la salle avec assurance, aidé par plusieurs écrans facilitant la lecture de son texte, malgré quelques erreurs linguistiques rapidement corrigées.
Il a insisté sur le moment charnière que traverse le pays, appelant à un modèle politique fondé sur l’éthique, le sérieux partisan et la restauration de la confiance entre la société et la politique. Le registre personnel et humain n’était pas absent : il a évoqué des moments de force, mais aussi de doute et de questionnement, et s’est adressé à ses adversaires politiques avec calme, affirmant que « le seul ennemi est la pauvreté et la précarité ».
Une transition chargée d’émotion
Akhannouch a conclu en remerciant sa famille pour son soutien silencieux face aux pressions et aux responsabilités. Sous les applaudissements, il a déclaré :
« Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un retrait de l’engagement, mais une transition sereine et responsable. »
L’émotion a gagné la salle. Rachid Talbi Alami, les larmes aux yeux, a annoncé l’ouverture du vote pour la prorogation des structures du parti et la candidature de Mohamed Chouki. Celui-ci a été élu à une large majorité : 1 910 voix sur 1 933 suffrages exprimés, avec 23 bulletins nuls.
Akhannouch a alors levé la main de Chouki devant les congressistes avant de se retirer. Une nouvelle page s’ouvre dans l’histoire du RNI, une page que plusieurs cadres du parti décrivent déjà comme incertaine et traversée de doutes.

