Près de sept ans après la mort de Jeffrey Epstein dans une prison new-yorkaise, son ombre continue de planer sur les sphères du pouvoir. La publication, fin janvier, de millions de documents par le département américain de la Justice a ravivé une affaire que l’on croyait figée : correspondances, photos et agendas relancent les interrogations sur les liens entretenus par le financier déchu avec des responsables politiques, économiques et des membres de familles royales, aux États-Unis comme en Europe.
Être cité dans ces archives ne vaut pas mise en cause pénale. Mais, dans un contexte de défiance généralisée envers les élites, la simple proximité avec Epstein suffit à fragiliser des carrières et à fissurer des réputations patiemment construites.
Crise politique au Royaume-Uni
À Londres, le Premier ministre Keir Starmer se retrouve sous pression après la nomination, en 2024, de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington. L’ancien poids lourd travailliste apparaît à de multiples reprises dans les documents et aurait maintenu des contacts avec Epstein malgré des dénégations antérieures. Destitué à l’automne, il fait désormais l’objet d’investigations policières.
En Europe centrale, le Slovaque Miroslav Lajčák a quitté ses fonctions de conseiller à la sécurité nationale après la révélation d’échanges de messages compromettants datant de son passage aux Affaires étrangères.
Les monarchies éclaboussées
La famille royale britannique n’échappe pas au séisme. Prince Andrew, déjà privé de ses titres, refait surface dans de nouvelles révélations, dont une photographie à caractère sexuel. La police examine par ailleurs des soupçons de transmission de documents confidentiels à Epstein lorsqu’il occupait des fonctions commerciales pour le gouvernement.
En Norvège, la princesse Mette-Marit a reconnu des échanges répétés avec le financier après sa première condamnation pénale. Une admission qui a entamé sa popularité et ouvert un débat public inédit sur l’avenir de la monarchie.
Démissions et enquêtes en chaîne
À Oslo, l’ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland est visé par une enquête pour corruption aggravée, tout comme la diplomate Mona Juul et son époux. Leurs relations passées avec Epstein sont examinées de près, notamment durant la période où Jagland présidait le comité Nobel.
Le World Economic Forum a, de son côté, ouvert une enquête interne concernant son directeur général Børge Brende, cité dans de nombreux échanges avec Epstein.
En France, l’ancien ministre Jack Lang a dû quitter la direction de l’Institut du monde arabe, tandis que sa fille s’est retirée de ses fonctions professionnelles, dans un contexte de forte exposition médiatique.
L’onde de choc américaine
Aux États-Unis, Bill Clinton et Hillary Clinton ont accepté de témoigner devant le Congrès. Donald Trump est abondamment mentionné, tout en dénonçant une manœuvre politique. Bill Gates affirme, lui, regretter tout lien passé avec Epstein, alors que son ex-épouse Melinda French Gates réclame des explications publiques.
Démissions en cascade, enquêtes administratives, auditions parlementaires : l’affaire Epstein, loin d’être refermée, agit comme un révélateur brutal des zones grises où se croisent pouvoir, argent et impunité. Plus qu’un scandale judiciaire, elle s’impose désormais comme un test politique et moral pour des élites sommées de rendre des comptes.
