La découverte d’un nouveau narcotunnel à Ceuta relance les inquiétudes autour des réseaux de trafic opérant dans le détroit de Gibraltar. Madrid s’apprête désormais à solliciter officiellement la coopération de Rabat afin de déterminer si la galerie s’étend jusqu’au territoire marocain.
Le ministère espagnol de l’Intérieur s’apprête à demander officiellement la coopération des autorités marocaines afin de déterminer l’ampleur réelle du narcotunnel découvert ce week-end dans la zone industrielle du Tarajal, à Ceuta, à quelques mètres seulement du périmètre frontalier avec le Maroc. Selon les premiers éléments de l’enquête, la galerie pourrait se prolonger sous le territoire marocain, ce qui impose une coordination sécuritaire bilatérale pour en cartographier le tracé complet.
La structure, mise au jour samedi après-midi par les agents de l’unité antidrogue et de lutte contre le crime organisé de la Police nationale espagnole, s’inscrit dans une vaste opération déclenchée le 28 mars et menée simultanément à Ceuta, en Andalousie et en Galice. Plus de 250 agents ont été mobilisés dans ce dispositif, qui a déjà conduit à plusieurs dizaines d’arrestations, dont au moins vingt dans la ville autonome.
L’importance de cette découverte tient autant à sa dimension technique qu’à sa portée stratégique. Il s’agit du deuxième narcotunnel localisé dans le même secteur en un peu plus d’un an, ce qui confirme l’existence d’une infrastructure souterraine de plus en plus sophistiquée au service des réseaux de trafic de haschich entre le nord du Maroc et l’Espagne.
À la différence du tunnel découvert en février 2025 dans le cadre de l’opération Hades, la nouvelle galerie se distingue par un niveau de complexité nettement supérieur. Les autorités espagnoles la décrivent comme une infrastructure « labyrinthique », organisée sur trois niveaux de profondeur et dotée d’un véritable système logistique mécanisé : rails, wagonnets et monte-charge automatique permettant le transport de grandes quantités de stupéfiants tout en réduisant au minimum la présence humaine à l’intérieur.
Cette sophistication témoigne d’un saut qualitatif dans les méthodes employées par les organisations criminelles opérant dans le détroit de Gibraltar. Les enquêteurs estiment que le réseau démantelé assurait des acheminements constants de haschich vers plusieurs régions d’Espagne ainsi que vers la France, en s’appuyant sur une logistique discrète et hautement structurée. Lors des perquisitions, les forces de l’ordre ont saisi 1,5 million d’euros en liquide ainsi que 66 équipements de communication de haute technologie.
Sur le plan judiciaire, les premiers développements confirment la gravité du dossier. Sur les vingt personnes interpellées à Ceuta, quatorze ont été placées en détention provisoire. Quatre autres suspects arrêtés à Pontevedra, dont un armateur connu dans le secteur maritime, ont également été incarcérés. Un élément particulièrement sensible renforce la portée institutionnelle de l’affaire : parmi les personnes arrêtées figure un ancien agent de la Guardia Civil, soupçonné d’avoir été impliqué dans le dispositif criminel.
Le recours à la coopération marocaine constitue désormais une étape déterminante. Les enquêteurs espagnols ne peuvent accéder à un éventuel prolongement de la galerie sous le sol marocain sans autorisation formelle ni coordination avec les services de sécurité du Royaume. L’objectif est double : confirmer l’existence d’une sortie active côté marocain et identifier les membres du réseau opérant depuis cette zone.
Au-delà du seul fait divers, cette affaire met en lumière l’évolution des routes du narcotrafic dans l’espace du détroit, où les organisations criminelles semblent avoir consolidé l’usage des infrastructures souterraines comme méthode privilégiée d’introduction de stupéfiants en Europe.
Le caractère répétitif de ces découvertes dans le même secteur interroge également sur la capacité d’adaptation des réseaux et sur la nécessité d’un renforcement de la coopération sécuritaire entre Madrid et Rabat, à un moment où les enjeux transfrontaliers, migratoires et criminels demeurent étroitement imbriqués.
