La Haute Autorité de la communication audiovisuelle a décidé de classer sans suite les plaintes visant la série Banat Lalla Menana, diffusée durant le Ramadan sur la deuxième chaîne, réaffirmant la primauté de la liberté de création dans le paysage audiovisuel marocain.
La Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) a décidé de classer l’ensemble des plaintes reçues à propos de la série Banat Lalla Menana, diffusée sur 2M durant le mois de Ramadan, selon des informations obtenues par Alyaoum24.
Les réclamations, introduites par des particuliers et des associations, portaient sur certaines séquences et dialogues jugés contraires aux valeurs de la société marocaine. Plusieurs plaignants estimaient que certaines scènes du feuilleton franchissaient les limites du convenable et portaient atteinte aux référents culturels et sociaux du pays.
Après examen du dossier, l’instance de régulation a toutefois considéré que l’œuvre n’avait pas dépassé le cadre légal et déontologique qui régit l’exercice de la liberté de création artistique et de la communication audiovisuelle.
Dans les motifs de sa décision, la HACA rappelle que la série relève du registre de la fiction dramatique, dont les personnages, les situations et les thématiques procèdent de choix artistiques assumés par les auteurs et les réalisateurs. L’institution souligne qu’une œuvre de fiction ne saurait exister ni acquérir sa valeur esthétique sans une marge réelle de liberté dans l’écriture du scénario et dans la mise en scène des situations.
Cette position s’inscrit dans la continuité des déclarations précédemment faites par la présidente de la HACA, Latifa Akharbach, qui avait relevé, durant le Ramadan, que la montée des critiques du public à l’égard des productions télévisuelles traduisait une exigence croissante en matière de qualité ainsi qu’une culture plus affirmée de questionnement des médias.
Elle avait également insisté sur le fait que la défense du principe de liberté de création ne relevait ni d’un refuge institutionnel ni d’un argument justificatif, mais constituait, selon ses termes, « une ligne rouge démocratique ».
La HACA rappelle à ce titre que la liberté de création, au même titre que la liberté éditoriale, se trouve au cœur de la liberté de communication audiovisuelle telle qu’elle est consacrée par la législation marocaine, notamment la loi 77.03 relative à la communication audiovisuelle et la loi 11.15 portant réorganisation de l’instance.
L’autorité de régulation insiste néanmoins sur le fait que la question de la qualité des contenus reste pleinement présente dans son champ de réflexion. Elle précise toutefois que son rôle ne consiste pas à exercer une censure sur la création fictionnelle, mais à garantir un équilibre délicat entre liberté et responsabilité.
Au-delà de cette affaire, la HACA estime que l’amélioration qualitative de l’offre audiovisuelle nationale ne saurait reposer sur une seule institution. Elle appelle à une politique publique transversale en faveur du développement des industries culturelles et médiatiques, considérant que la qualité des contenus relève d’une responsabilité partagée entre les diffuseurs, les créateurs, les pouvoirs publics et les instances de régulation.
Cette décision relance, en creux, le débat récurrent au Maroc sur les frontières entre sensibilité sociale, exigences morales et liberté de l’imaginaire dans les productions audiovisuelles nationales.
