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Afrique : l’ONU et l’Union africaine alertent sur les répercussions majeures de la guerre au Moyen-Orient

05 avril 2026 - 13:02

La guerre en cours au Moyen-Orient pourrait rapidement se transformer en onde de choc économique et sociale pour le continent africain. C’est l’avertissement lancé dans un rapport conjoint de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement et de plusieurs agences des Nations unies, qui évoque un « risque grave » pour l’Afrique.

Selon ce document, consulté samedi, le conflit menace d’alimenter une nouvelle flambée du coût de la vie, à travers la hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des coûts du transport maritime.

Le rapport rappelle que le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations africaines et 10,9 % de ses exportations, ce qui rend le continent particulièrement exposé à toute perturbation prolongée des flux commerciaux et énergétiques.

Les institutions signataires préviennent que le choc commercial actuel pourrait rapidement évoluer vers une crise du pouvoir d’achat, dans un contexte où de nombreuses économies africaines n’ont pas encore retrouvé leur rythme de croissance d’avant la pandémie de Covid-19.

Selon les projections, la croissance du PIB africain pourrait perdre 0,2 point en 2026 si la guerre devait se prolonger au-delà de six mois. L’impact pourrait être particulièrement sensible sur le secteur agricole.

Les tensions sur l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe affectent déjà la production d’engrais, avec des répercussions attendues sur les campagnes agricoles en cours jusqu’au mois de mai. À cela s’ajoute la pression monétaire.

Le rapport cite des données récentes de la Banque africaine de développement faisant état d’une dépréciation des monnaies dans 29 pays africains, ce qui alourdit mécaniquement le service de la dette extérieure et renchérit le coût des importations.

Des gagnants à court terme, mais un bilan global négatif

Certaines économies pourraient néanmoins tirer un bénéfice limité de la situation. C’est le cas de pays exportateurs d’hydrocarbures comme le Nigeria ou le Mozambique, susceptibles de profiter de la hausse des prix du pétrole et du gaz. D’autres États pourraient bénéficier de la reconfiguration des routes maritimes. Le contournement par le cap de Bonne-Espérance pourrait renforcer l’activité portuaire de pays comme l’Afrique du Sud, la Namibie, Maurice ou le Mozambique.

Le rapport souligne également le rôle croissant du Kenya comme hub logistique régional, tandis que Ethiopian Airlines consolide sa position de pont aérien stratégique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Mais ces gains restent inégaux et ne suffiraient pas à compenser les effets négatifs sur l’inflation, les budgets publics et la sécurité alimentaire.

Une inquiétude géopolitique plus large

Au-delà de l’économie, le document met en garde contre une montée des tensions géopolitiques sur le continent. La compétition internationale pour le contrôle des ports, des ressources minières et de la sécurité en mer Rouge pourrait accentuer les rivalités d’influence déjà à l’œuvre. Autre source d’inquiétude : la possibilité d’un redéploiement des aides internationales vers d’autres priorités, au détriment des besoins humanitaires en Afrique.

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