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La vision royale dans l'ingénierie du territoire : le ministère de l'Intérieur entre cadrage et mise en œuvre

13 avril 2026 - 12:31

Le développement n’est pas une affaire de chiffres à comptabiliser ni de projets à annoncer. Il est, avant tout, une capacité à écouter ce qui se dit en marge et à le transformer en décision au centre. C’est dans ce sens que la vision royale en matière de gestion territoriale s’affirme comme un choix délibéré : faire partir la politique publique du citoyen, plutôt que de simplement l’atteindre en bout de course.

Dans ce contexte, l’exposé présenté par le ministre de l’Intérieur devant Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste, a reflété les contours d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré — une génération qui ne se construit plus de haut en bas, mais qui se façonne à partir des besoins exprimés localement. L’élaboration de ces programmes s’est appuyée sur de larges consultations et des exercices d’écoute couvrant les différentes préfectures et provinces du Royaume, à partir desquels des diagnostics précis ont été établis, intégrant des indicateurs relatifs à l’emploi, à l’éducation, à la santé, à l’eau et aux conditions de mise à niveau territoriale.

Ce tournant marque un changement de paradigme : le territoire n’est plus un simple réceptacle de l’intervention publique, il en devient le point de départ. Les besoins ne sont plus supposés — ils sont entendus. C’est ce qui confère à ces programmes une signification différente : ils ne se mesurent pas seulement à l’aune de l’enveloppe financière, qui avoisine 210 milliards de dirhams sur huit ans, mais à leur capacité à améliorer les conditions de vie et à préserver la dignité humaine, telles que voulues par les Hautes Orientations Royales.

La force de cette conception ne réside cependant pas uniquement dans ses fondements, mais également dans son architecture. Un modèle de gouvernance a été adopté, reposant sur une répartition claire des rôles : le niveau local est chargé de la préparation et du suivi, à travers des commissions présidées par les gouverneurs des préfectures et provinces, associant élus et services déconcentrés, et veillant à l’élaboration des programmes en contact direct avec la population. À l’échelle régionale, le wali de région est chargé de fédérer ces programmes et d’en assurer la cohérence. Au niveau national, une commission présidée par le Chef du gouvernement assume la mission de validation, de coordination générale et de mobilisation des financements.

Se dessine ici une image différente de l’État : un État qui coordonne plutôt qu’il ne fragmente, qui rassemble plutôt qu’il ne divise, qui oriente sans alourdir. La région y apparaît comme un véritable maillon de liaison — non plus un simple niveau administratif, mais un espace de hiérarchisation des priorités et de garantie de leur cohérence.

Sur le plan de l’exécution, un mécanisme alliant rigueur et souplesse a été retenu, à travers la création de sociétés de développement régionales dont les conseils d’administration sont présidés par les présidents des conseils régionaux. Ce dispositif permet de tirer parti de l’efficacité gestionnaire propre à la logique entrepreneuriale, sans renoncer au contrôle public — un choix qui traduit une conscience aiguë du fait que la rapidité d’exécution n’est plus une option, mais une condition de la confiance du citoyen.

En contrepartie de cette ouverture dans l’exécution, la rigueur dans le suivi est renforcée. La mise en œuvre de ces programmes sera soumise à un audit annuel conjoint de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’administration territoriale — concrétisant ainsi le principe de la responsabilité liée à la reddition des comptes, non comme slogan, mais comme mécanisme opérationnel de mesure de la performance et de garantie du respect des procédures.

Parce que le développement ne s’accomplit pas dans le silence, il a été décidé de créer une plateforme numérique permettant aux citoyens et aux acteurs concernés de suivre l’avancement des projets et d’accéder à leurs données — renforçant ainsi la transparence et faisant de l’information une composante du droit au développement, et non un privilège réservé à quelques-uns.

Dans cet édifice cohérent, le ministère de l’Intérieur apparaît comme l’acteur central du cadrage de cette transformation. C’est lui qui veille à l’organisation de l’interaction entre les différents niveaux, qui garantit la convergence des interventions et qui accompagne la mise en œuvre des programmes sur le terrain. Sa présence n’est pas seulement technique — elle est organisationnelle, en ce qu’elle relie la vision dans sa formulation stratégique à ses expressions dans les détails de l’exécution.

En définitive, ce qui se dessine aujourd’hui n’est pas simplement un ensemble de nouveaux programmes, mais une manière différente de penser le territoire : un territoire que l’on écoute avant de le remodeler, dans lequel les politiques se construisent de l’intérieur et non par-dessus lui. Dans cette démarche, la vision royale se croise avec les rôles de l’État, des régions et du ministère de l’Intérieur, dans une tentative de forger un développement plus proche, plus lisible, et davantage susceptible d’être vécu dans la vie des gens — et pas seulement de figurer dans leurs rapports.

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