L’Union Générale des Travailleurs du Maroc (UGTM) s’apprête à vivre un moment charnière de son histoire récente. Le secrétaire général, Enâam Mayara, a annoncé son soutien à la tenue d’un congrès national extraordinaire le 26 avril prochain à Salé, tout en confirmant qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la tête de la centrale syndicale. Cette décision marque de facto la fin d’un cycle ouvert en 2017.
Au-delà de la décision personnelle, le geste a une portée institutionnelle. Dans le message adressé aux militantes et militants de l’organisation, Mayara présente ce congrès comme le seul cadre légitime pour trancher la crise interne et renouveler les instances dirigeantes. Le vocabulaire choisi n’est pas neutre : il s’agit moins d’un retrait individuel que d’une tentative de remettre le débat sur le terrain de la légitimité organisationnelle.
Le congrès, prévu au Palais des Congrès Al Oulja à Salé, se concentrera sur deux points : la présentation des rapports moral et financier, puis l’élection du secrétaire général et des membres du bureau exécutif. Cette architecture resserrée traduit une volonté manifeste de contenir les tensions et d’éviter que la séquence ne se transforme en règlement de comptes public.
C’est précisément là que se situe l’enjeu réel. L’UGTM, centrale historiquement proche du parti de l’Istiqlal et acteur central du dialogue social marocain, entre dans une phase où la question n’est pas seulement celle du leadership, mais celle de sa capacité à préserver sa cohésion et son poids dans les négociations sociales à venir.
La décision de Mayara intervient dans un contexte de pressions internes croissantes. La référence, dans son message, au refus de « régler les comptes » ou de céder à des « intérêts étroits » laisse entrevoir l’existence de clivages qui dépassent la simple compétition de personnes. Il s’agit aussi d’une lutte d’orientation : quelle ligne syndicale pour l’UGTM dans une période marquée par les dossiers sensibles du dialogue social, du pouvoir d’achat et des réformes structurelles ?
En se retirant de la course, Mayara cherche manifestement à désamorcer une polarisation qui risquait d’affaiblir davantage la centrale. Mais cette sortie ne règle pas automatiquement la question de la succession. Le congrès du 26 avril sera observé comme un test de maturité institutionnelle pour une organisation dont le rôle dépasse largement le seul champ syndical.
La véritable question est désormais la suivante : l’UGTM parviendra-t-elle à transformer cette transition en refondation, ou assistera-t-on à une simple redistribution des équilibres internes ?
