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Espagne : l’insulte visant les origines arabes de l’Andalousie enflamme la campagne

13 avril 2026 - 19:59

À quelques semaines des élections régionales andalouses prévues le 17 mai, la campagne en Espagne a pris un tour particulièrement sensible, mêlant affrontement politique et bataille mémorielle. Le leader du parti d’extrême droite Vox, Santiago Abascal, a déclenché une vive polémique après avoir recours, lors d’un meeting à Málaga, à une formule visant explicitement l’héritage arabe de l’Andalousie pour attaquer le président sortant de la région, Juanma Moreno.

En le surnommant « Juanma Moruno », Abascal ne s’est pas contenté d’une simple attaque personnelle. Le terme, chargé historiquement, convoque une représentation péjorative des origines arabo-musulmanes de l’Andalousie et transforme un héritage historique en instrument de disqualification politique. Dans le contexte espagnol actuel, cette sortie s’inscrit dans une stratégie plus large de polarisation identitaire.

Au-delà de la personne visée, cette séquence révèle une confrontation plus profonde autour du récit historique de l’Andalousie. D’un côté, une lecture qui reconnaît le rôle fondateur d’al-Andalus dans la construction culturelle, linguistique et architecturale de la région ; de l’autre, un discours porté par l’extrême droite qui cherche à recentrer l’identité andalouse autour d’une mémoire exclusivement chrétienne et du récit de la Reconquête.

La polémique a été amplifiée par les attaques dirigées contre Blas Infante, figure historique de l’andalousisme moderne, officiellement reconnu comme « père de la patrie andalouse ». En le présentant comme le promoteur d’une « patrie islamiste », Vox remet en cause non seulement une personnalité symbolique, mais aussi toute une conception de l’identité régionale espagnole.

Pour les lecteurs marocains, cette controverse dépasse le cadre électoral espagnol. Elle touche à un héritage historique partagé entre les deux rives de la Méditerranée. L’Andalousie, marquée durant plusieurs siècles par la présence arabo-musulmane, demeure un espace de mémoire étroitement lié à l’histoire culturelle du Maghreb et, en particulier, du Maroc.

Sur le plan politique, l’offensive de Vox répond à un objectif précis : fragiliser Juanma Moreno, figure du Parti populaire (droite conservatrice), dont le profil modéré et la popularité en Andalousie menacent l’influence électorale de l’extrême droite dans le sud du pays.

Le scrutin du 17 mai dira si cette stratégie de polarisation identitaire trouve un écho dans l’électorat andalou. Mais une chose apparaît déjà clairement : en Espagne, la mémoire d’al-Andalus continue de peser sur le débat public et reste, aujourd’hui encore, un puissant levier politique.

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