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Bilan Akhannouch : reniement des promesses électorales et des principes du Nouveau Modèle de Développement

15 avril 2026 - 13:28

Si l’on souhaite évaluer le bilan du gouvernement Akhannouch au cours des quatre premières années de son mandat, il est possible de se référer directement aux axes fondamentaux de sa déclaration gouvernementale. Mais il est également pertinent de comparer les grandes recommandations du Nouveau Modèle de Développement avec ce qui a réellement été réalisé sur le terrain.

Il convient ici de rappeler le contexte dans lequel ce nouveau modèle a été élaboré, dans un climat économique général marqué par plusieurs déséquilibres socio-économiques, notamment :

-la lenteur de la croissance économique ;

-la faiblesse de la création d’emplois ;

-l’insuffisance de l’amélioration du niveau de vie ;

-une répartition inéquitable des richesses ;

-l’élargissement des inégalités sociales et territoriales.

Dans ce cadre, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait nommé en 2019 une commission chargée de concevoir un nouveau modèle de développement prenant en compte ces dysfonctionnements et créant un terrain favorable à une croissance efficace ainsi qu’à une meilleure exploitation des potentialités disponibles, notamment dans les domaines économiques, mais également en matière de capital humain, de durabilité, de gouvernance et de gestion.

À la mi-2021, cette commission a remis au Souverain un rapport détaillé exposant les défaillances constatées, ainsi que des recommandations et propositions visant la mise en œuvre progressive d’un nouveau modèle à l’horizon 2035.

Parmi les recommandations opérationnelles figurent plusieurs objectifs à atteindre entre 2019 et 2035 :

1-PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat : de 8.309 dollars à 16.000 dollars

2-Taux d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales : de 43 % à 60 %

3-Valeur ajoutée industrielle moyenne et haute technologie : de 28 % à 50 %

4-Part des énergies renouvelables dans la consommation totale : de 11 % à 40 %

5-Taux d’activité des femmes : de 22 % à 45 %

6-Indice d’efficacité gouvernementale : de 0,12 à 1

Part de l’emploi formel salarié dans l’emploi total : de 41 % à 80 %

À la fin de la même année (2021), le gouvernement d’Aziz Akhannouch a été nommé, avec l’opportunité de bâtir son programme sur la base de ce nouveau modèle et d’en assurer la mise en œuvre.

Le programme gouvernemental reposait sur trois grands piliers :

-un volet social axé sur la protection sociale, la santé, l’éducation et le soutien au pouvoir d’achat ;

-un volet économique structuré autour de l’emploi, de l’investissement et du soutien à l’entreprise ;

-un volet gouvernance fondé sur la digitalisation, la réforme de l’administration et la lutte contre la corruption.

Après quatre ans et demi, alors que le mandat gouvernemental touche à sa fin, on peut conclure que les résultats sont restés loin des engagements annoncés et que l’étape intermédiaire de 2026 n’a pas été à la hauteur des objectifs du Nouveau Modèle de Développement.

Un tiers de la durée prévue pour la mise en œuvre de ce plan ambitieux a déjà été consommé, alors que le niveau de réalisation reste éloigné des objectifs fixés.

Parmi les principaux échecs relevés :

1. Croissance économique insuffisante

Le modèle prévoyait un taux de croissance moyen de 6 % par an entre 2022 et 2035.

Or, entre 2022 et 2025, le gouvernement Akhannouch n’a enregistré qu’une moyenne de 3,3 %, bien loin non seulement des ambitions du modèle, mais aussi de son propre engagement de 5 %.

2. Faible création d’emplois

Le gouvernement avait promis la création d’un million d’emplois sur la durée du mandat, soit 200.000 postes par an.

Or, durant les quatre premières années, seuls 94.000 emplois nets ont été créés (546.000 créés contre 442.000 perdus).

Le taux de chômage a ainsi atteint 13 %, un niveau record inédit depuis 25 ans.

Le gouvernement n’a donc réalisé que 12 % de son objectif déclaré.

3. Recul du taux d’activité des femmes

Le Nouveau Modèle de Développement faisait de l’intégration économique des femmes un axe central.

L’objectif était de passer de 21 % en 2019 à 45 % en 2035.

Au lieu d’augmenter, ce taux est tombé à 19 %, ce qui constitue un signal d’alerte majeur.

En résumé, l’incapacité du gouvernement à suivre les ambitions du Nouveau Modèle de Développement apparaît clairement à travers ces chiffres.

L’échec le plus marquant reste celui de l’emploi, qui touche directement une large frange de la jeunesse.

Le taux de chômage des jeunes de 18 à 25 ans atteint environ 40 %, un chiffre particulièrement préoccupant.

À cela s’ajoutent de nouveaux défis liés à la concurrence croissante de l’intelligence artificielle.

Dans le secteur de l’offshoring, le Maroc pourrait perdre entre 200.000 et 250.000 emplois, appelés à être remplacés par des applications d’intelligence artificielle.

Quelle solution ?

Le gouvernement a supprimé un programme jugé efficace, celui de l’auto-entrepreneur, en durcissant les conditions d’accès, pour le remplacer par des dispositifs comme Awrach et Forsa, qui ont montré leurs limites.

Au lieu de créer de l’emploi, ces programmes ont conduit des milliers de jeunes devant les tribunaux.

Sur les 400.000 auto-entrepreneurs, la moitié a quitté ce régime pour retourner vers le secteur informel.

La levée des restrictions sur le statut d’auto-entrepreneur apparaît donc comme une nécessité urgente pour réinjecter cette dynamique dans l’économie.

Par ailleurs, l’intégration du secteur informel devient indispensable.

Celui-ci représente :

1-un chiffre d’affaires de 527 milliards de dirhams en 2024 ;

2-plus de 2,5 millions d’emplois ;

3-une concentration de 74 % dans le commerce et les services.

Les engagements gouvernementaux ne sont pas de simples slogans électoraux.

Ils constituent des obligations politiques qui doivent répondre aux attentes de millions de Marocains et dont le respect conditionne la crédibilité de l’action politique et de l’initiative partisane.

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