Marrakech n’a pas seulement accueilli, cette semaine, un grand rendez-vous mondial de l’aviation civile. La ville ocre s’est imposée comme le théâtre d’une offensive diplomatique et stratégique du Maroc sur le continent africain.
En marge de la 5ᵉ édition du Global Implementation Support Symposium (GISS 2026), organisé du 14 au 16 avril sous l’égide de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a multiplié les rencontres bilatérales avec plusieurs responsables africains, avec à la clé la signature de trois accords dans le domaine du transport aérien.
Les entretiens ont concerné le Mozambique, le Togo et le Cap-Vert, trois partenaires avec lesquels Rabat entend approfondir la coopération en matière de connectivité aérienne, de modernisation des infrastructures et de partage d’expertise technique.
Au-delà du protocole, ces accords portent sur des volets concrets: désignation des compagnies aériennes, assouplissement des capacités et fréquences de vols, ainsi que le renforcement des standards de sécurité et de sûreté.
Le Maroc se projette en hub africain
Cette séquence diplomatique s’inscrit dans une stratégie plus large : consolider la position du Royaume comme plateforme aérienne entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques.
Lors de l’ouverture du symposium, Abdessamad Kayouh a rappelé que le Maroc est aujourd’hui relié à plus de 170 destinations internationales directes via 18 aéroports répondant aux standards internationaux, un chiffre qui conforte la vocation du Royaume comme carrefour régional.
Le pays mise également sur une montée en puissance rapide de son écosystème aérien. Selon les données présentées à Marrakech, les aéroports marocains ont accueilli plus de 36 millions de passagers en 2025, tandis que l’ONDA travaille à porter la capacité nationale à 80 millions de passagers d’ici 2030, dans la perspective notamment de la Coupe du monde 2030.
L’ombre portée de Yamoussoukro
En filigrane de ces signatures, se dessine la volonté marocaine de s’inscrire pleinement dans la dynamique du Marché unique du transport aérien africain (SAATM), héritier de la Décision de Yamoussoukro, texte fondateur de la libéralisation du ciel africain.
L’objectif est clair : fluidifier les échanges intra-africains, stimuler le tourisme, le commerce et la mobilité des personnes dans un continent encore marqué par une connectivité aérienne fragmentée.
À Marrakech, cette ambition a trouvé un écho plus large avec l’adoption de l’Appel de Marrakech, soutenu par 22 pays, dont le Mozambique et le Cap-Vert, en faveur d’une aviation africaine plus intégrée, plus sûre et mieux financée.
Une diplomatie du ciel
Derrière ces accords techniques se joue aussi une lecture géopolitique.
Le Maroc confirme, à travers l’aviation civile, sa stratégie de consolidation de sa présence sur le continent africain, en privilégiant les partenariats sectoriels à forte valeur ajoutée.
Après la finance, les télécoms et les infrastructures, le ciel devient à son tour un levier d’influence.
À Marrakech, le Royaume n’a pas seulement accueilli un symposium mondial: il a mis en scène sa propre vision de l’intégration africaine.
