>

Milan, capitale de l’extrême droite : l’Europe se retranche face à l’immigration

19 avril 2026 - 10:45

Tandis que Barcelone accueillait le sommet des dirigeants progressistes en défense de la démocratie, la place du Duomo de Milan s’est transformée en vitrine politique de l’extrême droite européenne. Sous le slogan de la “défense de la maison européenne”, Salvini, Wilders et Bardella ont ravivé la bataille idéologique sur l’avenir de l’Union européenne.

L’Europe a vécu ce samedi une image de miroir brisé. À Barcelone, Pedro Sánchez, Lula, Claudia Sheinbaum et Gustavo Petro parlaient de multilatéralisme, de paix et de défense démocratique. À Milan, Matteo Salvini, Geert Wilders et Jordan Bardella brandissaient un autre drapeau : celui du repli identitaire, de la peur migratoire et de l’Europe forteresse.

La place du Duomo, transformée en scène politique sous haute tension, a accueilli des milliers de sympathisants de Patriotes pour l’Europe, le troisième groupe du Parlement européen, lors d’un rassemblement présenté comme une réponse au “tsunami migratoire” et à la “bureaucratie de Bruxelles”.

L’événement, soigneusement baptisé « Sans peur : en Europe, maîtres chez nous », a été organisé par Matteo Salvini, chef de la Ligue et vice-président du Conseil italien au sein du gouvernement de Giorgia Meloni, qui a choisi le cœur symbolique de Milan — devant la cathédrale du Duomo — comme plateforme de combat culturel et électoral.

Pour Salvini, ce “symbole du christianisme” représentait l’endroit idéal. La bataille de l’extrême droite ne se joue plus seulement dans les urnes, mais aussi dans les symboles. L’immigration devient ainsi le récit du siège, et l’identité européenne celui d’une forteresse assiégée.

Geert Wilders, figure historique du populisme anti-islam européen, a été encore plus explicite : « Notre peuple, les habitants originels de l’Europe, a été frappé par un tsunami d’immigration massive et illégale, venant principalement de pays islamiques. » Ce n’était pas un avertissement, mais un programme politique.

Jordan Bardella, héritier naturel de l’espace politique de Marine Le Pen et favori dans les sondages pour la présidentielle française de 2027, a apporté la dimension stratégique. L’extrême droite ne pense plus en termes de protestation, mais de conquête progressive du pouvoir institutionnel européen.

La France, l’Italie, l’Espagne et la Pologne figurent déjà dans leur calendrier comme étapes décisives. Marine Le Pen l’avait résumé à Budapest : 2027 sera une année “absolument fondamentale”. Il ne s’agit plus de protester contre Bruxelles, mais de prendre Bruxelles de l’intérieur.

L’absence la plus remarquée fut celle de Viktor Orbán. Le dirigeant hongrois, référence idéologique du bloc conservateur et cofondateur de Patriotes pour l’Europe, était absent après sa récente défaite électorale face à l’opposant pro-européen Peter Magyar. Sa chute n’a pas affaibli le discours ; elle l’a presque radicalisé.

Salvini lui a adressé un message quasi liturgique : « Cher Viktor, tu as défendu les frontières et combattu les trafiquants. Continuons ensemble ce combat. » En politique, les défaites peuvent aussi devenir des mythes.

À quelques mètres de là, une contre-manifestation antifasciste de taille comparable se tenait sous haute surveillance policière. Milan n’a pas seulement accueilli un rassemblement : elle a offert une radiographie du continent.

Deux Europes se faisaient face. L’une parle d’ouverture démocratique ; l’autre de fermeture frontalière. L’une défend les institutions ; l’autre les identités. Entre elles, il n’y a pas de dialogue, mais une lutte pour la définition même de l’Europe.

Et c’est peut-être cela, la véritable nouvelle : on ne débat plus seulement de qui gouvernera l’Europe, mais de quelle Europe survivra.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *