Le directeur exécutif de Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a lancé mardi un avertissement lourd de conséquences : même si le détroit d’Ormuz rouvrait immédiatement, il faudrait beaucoup de temps pour retrouver une situation énergétique normale.
Interrogé sur France Inter, Fatih Birol a expliqué que les dégâts subis par les infrastructures pétrolières et énergétiques du Golfe persique rendent impossible un retour rapide à l’équilibre.
« Même si demain le détroit d’Ormuz rouvrait, il faudrait beaucoup de temps avant de revenir à la normale », a-t-il déclaré, rappelant que de nombreuses installations pétrolières, gazières et industrielles restent fortement endommagées.
Pour le patron de l’AIE, il ne s’agit pas seulement d’une crise pétrolière classique. Gaz, engrais, produits pétrochimiques, chaînes logistiques industrielles : l’ensemble du système énergétique mondial est touché. Il parle même de « la plus grande crise énergétique de l’histoire », dépassant les grands chocs pétroliers du XXe siècle.
Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, redevient ainsi le cœur de la vulnérabilité planétaire. Son blocage a entraîné une perte estimée à 13 millions de barils par jour dans les exportations du Golfe, obligeant les pays consommateurs à puiser massivement dans leurs réserves stratégiques.
Dans son rapport mensuel publié le 14 avril, l’AIE a indiqué que la production mondiale de pétrole avait chuté de 10,1 millions de barils par jour en mars à cause de la guerre au Moyen-Orient, soit la plus forte baisse jamais enregistrée.
La conséquence immédiate dépasse la seule hausse du prix du brut : c’est le retour du risque inflationniste mondial. Birol avertit que cette crise pourrait freiner la croissance économique internationale et frapper particulièrement les pays en développement.
« Je suis plus inquiet pour les pays en développement que pour l’Europe », a-t-il affirmé, évoquant le risque d’une nouvelle spirale d’endettement susceptible de peser sur plusieurs générations.
Dans ce contexte, certains pays tirent pourtant avantage de la situation. La Russie, selon l’AIE, a vu ses revenus pétroliers doubler en mars, grâce à la flambée des prix et à la progression partielle de ses exportations.
Mais pour Birol, l’effet le plus durable sera géopolitique : cette crise pourrait redessiner la carte énergétique mondiale, comme après le choc pétrolier de 1973.
Les grandes gagnantes pourraient être les énergies renouvelables et le nucléaire, tandis que certains pays asiatiques pourraient revenir temporairement vers le charbon pour sécuriser leur approvisionnement.
Face au scepticisme climatique de Donald Trump, le responsable de l’AIE reste prudent mais rappelle une réalité simple : les renouvelables progressent aujourd’hui moins par idéologie que par logique économique.
Le message ne peut pas être plus clair : Ormuz n’est pas seulement un détroit, c’est le point de fragilité central de l’économie mondiale.
