Rabat a connu, ce vendredi, une journée riche en symboles diplomatiques. Trois personnalités de poids ont remis leurs lettres de créance ou de nomination au ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, confirmant la place singulière du Maroc dans l’échiquier international et régional. Loin d’être un rituel protocolaire, ces audiences illustrent la densité croissante des relations extérieures du Royaume et l’attention particulière que lui portent ses partenaires.
Le premier à franchir le seuil du ministère fut Arturo Forero Sierra, nouvel ambassadeur de Colombie à Rabat. Sa nomination intervient dans un contexte de rapprochement marqué entre l’Amérique latine et le Maroc. Bogotá, qui a déjà pris ses distances avec certaines positions anciennes sur la question du Sahara marocain, souhaite désormais renforcer les liens avec un pays considéré comme un acteur clé entre l’Afrique et le monde hispanique. La diplomatie marocaine voit dans cette évolution une opportunité de consolider son ancrage dans une région en quête de nouvelles alliances équilibrées.
Quelques instants plus tard, c’est Alex Benfield Oubi, représentant du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, qui a remis ses lettres de créance. La présence britannique à Rabat s’inscrit dans une dynamique où Londres multiplie ses partenariats post-Brexit. Le Maroc, par sa stabilité et son rôle de hub régional, attire l’attention des décideurs britanniques en quête de nouvelles zones d’influence et de coopération. Les échanges commerciaux, notamment dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’éducation et de la finance, figurent déjà parmi les priorités. L’objectif affiché est d’élargir le partenariat à des domaines stratégiques, au-delà de la seule relation bilatérale.
Enfin, le ministre a accueilli Charaf Ahmimide, nommé directeur du bureau régional de l’UNESCO pour le Maghreb, basé à Rabat. Derrière cette nomination se joue un enjeu majeur : la place du Maroc comme relais institutionnel pour l’organisation onusienne dans une région traversée par des défis éducatifs, culturels et scientifiques considérables. Le choix de Rabat pour abriter ce bureau illustre la confiance internationale envers la capacité du Royaume à être un point d’ancrage pour la coopération multilatérale.
Pris séparément, ces trois événements relèvent de la routine diplomatique. Ensemble, ils révèlent une dynamique plus profonde : le Maroc n’est plus seulement un pays hôte, mais un véritable acteur pivot dont la voix porte aussi bien à Londres qu’à Bogotá, et jusqu’aux institutions multilatérales. Ces nominations confirment une réalité que peu contestent aujourd’hui : Rabat est devenue une capitale où se joue une partie des équilibres régionaux, africains et transatlantiques.
La diplomatie marocaine, sous l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, a choisi une voie singulière : conjuguer l’affirmation de ses positions souveraines, notamment sur la question du Sahara marocain, avec une ouverture pragmatique à des partenariats diversifiés. C’est ce double mouvement – fermeté et ouverture – qui attire de nouveaux partenaires et consolide l’image d’un Maroc stable, fiable et tourné vers l’avenir.
Sur fond de bouleversements géopolitiques, la mise en scène de ce vendredi à Rabat dépasse la simple formalité diplomatique. Elle témoigne de la densité des relations du Royaume, de sa capacité à accueillir des voix multiples et d’incarner un lieu de dialogue où se croisent intérêts nationaux, ambitions régionales et défis globaux.