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Xi et Poutine à Tianjin : une alternative à l’Occident ?

01 septembre 2025 - 19:10

La ville portuaire de Tianjin a été, ce lundi, le théâtre d’un exercice diplomatique à haute portée symbolique. Sous l’égide de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine ont choisi d’afficher une vision commune : celle d’un ordre mondial qui ne se définirait plus exclusivement depuis Washington ou Bruxelles.

Dès son discours d’ouverture, Xi Jinping a dénoncé « les comportements intimidants » de certains pays, allusion transparente aux États-Unis. Il a appelé à « rejeter la mentalité de la guerre froide » et à « défendre un multilatéralisme équitable », rappelant que la Chine souhaite se positionner comme centre de gravité du Sud global. Poutine, quant à lui, est allé plus loin en imputant directement à l’Occident la responsabilité du conflit ukrainien. Selon lui, la guerre n’est pas née d’une agression russe, mais d’un « coup d’État soutenu par l’Occident » et de ses « tentatives d’entraîner Kiev dans l’OTAN ».

L’OCS ne se limite pas à un cercle marginal : ses membres permanents —Chine, Russie, Inde, Pakistan, Iran, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Biélorussie— représentent près de la moitié de la population mondiale et plus de 23 % du PIB global. Autour de ce noyau gravitent seize autres pays observateurs, dessinant les contours d’un bloc qui se veut contrepoids à l’OTAN et aux institutions dominées par l’Occident.

L’Inde, par la voix de son Premier ministre Narendra Modi, a toutefois nuancé l’élan sino-russe. Si New Delhi souligne son partenariat stratégique avec Moscou, elle n’a pas hésité à réclamer un cessez-le-feu rapide en Ukraine, affichant son rôle d’équilibriste entre plusieurs sphères d’influence.

La déclaration finale de l’OCS, publiée par l’agence Xinhua, a résonné comme un manifeste : soutien implicite à l’Iran dans le bras de fer nucléaire avec l’Europe, condamnation des frappes américaines et israéliennes de juin dernier contre ce pays, et appel à un cessez-le-feu immédiat et durable à Gaza, avec accès sans entraves à l’aide humanitaire.

Pour Pékin et Moscou, la rencontre de Tianjin dépasse la simple rhétorique : il s’agit de démontrer que le « reste du monde » peut se coordonner, partager une même lecture des crises et bâtir des institutions propres. Pour l’Occident, l’image est plus inquiétante : derrière le langage policé du multilatéralisme, c’est la consolidation d’un bloc politique et économique qui pourrait redessiner les équilibres de demain.

Au fond, ce sommet traduit une réalité désormais incontournable pour toutes les capitales : la multipolarité s’affirme comme un fait en pleine gestation. Tianjin a accueilli bien plus que des discours : la ville a incarné la compétition pour l’avenir de la gouvernance mondiale.

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