(Photo: UNICEF)
Un contrat de 45 millions de dollars entre la société californienne et le bureau de Benjamin Netanyahu, révélé par Drop Site News, soulève une question brûlante : jusqu’où les géants du numérique peuvent-ils être enrôlés dans les guerres de l’information qui redessinent le Proche-Orient ?
L’affaire est à peine croyable et pourtant documentée. À la fin du mois de juin, Google a signé un accord de six mois avec le bureau du Premier ministre israélien pour orchestrer une campagne de communication massive, destinée à minimiser la gravité de la crise humanitaire à Gaza. Le montant — 45 millions de dollars — témoigne de l’ampleur d’une opération qui a placé YouTube et Display & Video 360 au cœur d’une stratégie d’influence conçue pour brouiller les perceptions.
Quelques jours seulement après la fermeture des frontières terrestres imposée par Israël, interdisant nourriture, médicaments et carburant, le ministère des Affaires étrangères publiait une vidéo intitulée « À Gaza, il y a de la nourriture ». Propulsé par le budget publicitaire financé par ce contrat, le clip a récolté plus de six millions de vues. En langage diplomatique, on appelle cela la hasbará, la communication officielle de l’État d’Israël. Dans les faits, il s’agit d’une propagande calibrée qui se déploie avec la puissance algorithmique de Google.
Le contexte rend l’affaire encore plus choquante. En août dernier, les Nations unies ont recensé 185 décès liés directement à la faim, dont douze enfants. Les ONG médicales évoquent une malnutrition massive, des femmes et des enfants contraints de survivre sans accès à l’eau potable ni aux soins élémentaires. Pendant que les organisations internationales parlent de famine, le gouvernement israélien investit des millions pour nier la réalité, et Google, volontaire ou pas, se retrouve au premier plan de ce brouillage moral.
Ce recours à Google n’apparaît nullement comme une exception, car plusieurs autres plateformes ont été sollicitées dans le même mouvement : X (ex-Twitter) a reçu trois millions de dollars, et Outbrain ou Teads ont encaissé plus de deux millions supplémentaires pour diffuser des messages visant à discréditer l’UNRWA ou à associer certaines fondations pro-palestiniennes à des organisations extrémistes. Dans cette bataille numérique, chaque clic devient une arme, chaque bannière publicitaire un instrument de persuasion.
Le rôle de Google, entreprise censée incarner l’innovation et l’accès universel au savoir, interroge. Peut-on se contenter de parler de neutralité technologique lorsqu’un acteur global contribue à amplifier une narration étatique qui occulte des violations du droit humanitaire ? L’épisode oblige à reconsidérer le pouvoir politique des plateformes numériques : ce ne sont plus de simples intermédiaires, mais des acteurs directs de la géopolitique contemporaine.
L’univers médiatique déborde d’images et de voix qui se contredisent, mais une certitude s’impose : le contrôle de l’algorithme équivaut désormais à un contrôle sur la perception du réel. À Gaza, où la privation de nourriture est utilisée comme levier de domination, la confrontation ne s’arrête pas aux frontières de la terre bombardée ; elle s’insinue jusque dans le flux incessant de nos écrans.
