>

La dette publique marocaine sous pression : entre nécessité d’investir et fragilité budgétaire

22 septembre 2025 - 12:59

Le Maroc s’apprête à franchir un nouveau seuil délicat : selon les estimations, la dette publique devrait atteindre 79,2 % du produit intérieur brut en 2025, soit environ 130 milliards de dollars. Ce chiffre reflète une stratégie financière fondée sur l’endettement, qui vise à soutenir les investissements structurants tout en faisant face à des équilibres budgétaires de plus en plus contraints.

L’annonce récente de l’approbation par le Fonds de l’OPEP pour le développement international d’un prêt de plus d’un milliard de dirhams pour financer la deuxième phase du programme de gouvernance économique et de résilience climatique illustre cette logique. Les autorités cherchent à concilier modernisation des infrastructures, transition énergétique et adaptation aux dérèglements climatiques, dans un contexte marqué par la rareté des ressources naturelles et les tensions sur les marchés mondiaux.

Pour l’année 2025, le gouvernement prévoit de recourir à 12,5 milliards de dollars supplémentaires, dont six milliards sur les marchés extérieurs et 6,5 milliards au niveau domestique. L’objectif affiché consiste à diversifier les sources de financement en combinant emprunts classiques, instruments islamiques comme les sukuk et émissions obligataires internationales. Cette stratégie se veut pragmatique, car elle permet d’anticiper les besoins futurs tout en limitant la dépendance à un seul canal de financement.

L’endettement ne se résume pas à une contrainte ; il offre également un levier. Financer des infrastructures hydrauliques, soutenir l’expansion des énergies renouvelables ou développer la logistique contribue à renforcer la résilience de l’économie face aux chocs, qu’il s’agisse de sécheresses prolongées ou de ralentissements mondiaux. Les investissements dans les secteurs durables ont par ailleurs un effet multiplicateur : réduction des coûts énergétiques, amélioration de la santé publique et création d’emplois qualifiés.

Cependant, la dynamique de la dette comporte des risques qui pèsent sur la soutenabilité budgétaire. Le service de la dette absorbe déjà une part croissante des ressources publiques, ce qui limite les marges pour renforcer l’éducation, la santé ou la protection sociale. L’exposition aux variations des taux d’intérêt et aux fluctuations du dirham accroît la vulnérabilité du pays, surtout dans un environnement international où les conditions de financement deviennent plus exigeantes.

L’équilibre financier du pays suppose une ligne directrice claire, où chaque nouvel emprunt se traduit par des investissements porteurs, capables d’apporter des devises, de dynamiser les exportations et de consolider la compétitivité de l’économie marocaine.Tourisme, automobile, aéronautique, agriculture tournée vers l’export et technologies financières figurent parmi les filières susceptibles d’assurer un retour tangible sur investissement et de soutenir une croissance durable.

Le message rejoint les appels de SM le Roi Mohammed VI qui, dans plusieurs discours, a insisté sur la nécessité de lier la dette à des projets créateurs de valeur et non à des dépenses courantes. Financer des déficits de fonctionnement à travers l’endettement reviendrait à reporter la charge sur les générations futures sans bénéfices structurels. Inversement, associer dette et stratégie industrielle, énergétique ou technologique permet d’ancrer le pays dans une trajectoire de transformation.

La décision du Fonds de l’OPEP d’octroyer un nouveau prêt s’inscrit dans un cadre régional plus large, où plusieurs pays africains, latino-américains et asiatiques bénéficient d’appuis financiers pour des projets d’infrastructures et d’énergie propre. Le Maroc, en misant sur la gouvernance et la résilience climatique, cherche à se positionner comme un acteur crédible de la transition verte et comme une plateforme économique compétitive.

La clé est de déterminer si l’endettement pourra devenir une source d’investissement productif ou s’il restera une contrainte budgétaire lourde pour les générations futures. Tout dépendra de la capacité du Maroc à aligner ses choix financiers avec une vision claire de développement, où l’équilibre entre prudence et audace définira la trajectoire économique des prochaines décennies.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *