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Audrey Azoulay : « La culture n’est pas une variable d’ajustement »

28 septembre 2025 - 10:39

À la veille de Mondiacult Barcelone, la directrice générale de l’Unesco rappelle que la culture doit être traitée comme une infrastructure vitale et non comme un luxe. Un message adressé à un monde fracturé.

Barcelone accueille ce lundi la Conférence Mondiale sur les Politiques Culturelles et le Développement Durable —Mondiacult—, un rendez-vous qui réunira plus de 120 ministres de la Culture, aux côtés d’artistes et de professionnels du monde entier. Pour Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco depuis 2017, ce n’est pas une réunion ordinaire : « c’est une réponse à une situation d’urgence », marquée par le recul du multilatéralisme et une fragmentation géopolitique sans précédent.

Son message est clair : « la culture ne doit pas être la variable d’ajustement d’un système en crise ». Derrière cette formule se dessine une conviction : les politiques culturelles sont au cœur de la cohésion sociale et de la dignité collective.

Les exemples ne manquent pas. En 2018, les deux Corées ont réussi à dépasser leurs divergences pour proposer ensemble l’inscription d’un patrimoine immatériel commun. À Mossoul, la reconstruction des sites détruits par l’État islamique a montré que la culture pouvait être un outil de renaissance après la guerre.

Pour le Maghreb, ce discours résonne particulièrement. Le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie connaissent combien la culture constitue un enjeu identitaire, mais aussi un levier de diplomatie. Barcelone, ville méditerranéenne par excellence, devient ainsi le théâtre d’un dialogue où les pays de la rive sud ont toute leur place.

Azoulay, ancienne ministre de la Culture en France et première femme d’origine marocaine à diriger l’Unesco, achève son mandat sur cet appel : « Les États doivent choisir : continuer à traiter la culture comme un luxe ou la reconnaître enfin comme une infrastructure vitale. » Ce choix engage l’avenir des politiques publiques, leur financement et leur capacité à répondre aux fractures du monde.

L’absence des États-Unis, qui quitteront l’Unesco en 2026, illustre la crise du multilatéralisme. Mais, selon Azoulay, ce sont « les absents qui perdent ». Le Maghreb, lui, a intérêt à renforcer sa présence et son rôle dans ces espaces de négociation, car la culture y est un enjeu de rayonnement et de cohésion sociale.

À Barcelone, Mondiacult ne se limite pas à un exercice diplomatique. C’est un plaidoyer pour replacer la culture au cœur des politiques internationales. Pour les sociétés méditerranéennes, ce message vaut comme une alerte : sans culture, il n’y a ni dialogue, ni reconstruction, ni avenir commun.

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