Le président américain Donald Trump affirme entrevoir une issue à la guerre de Gaza. À la veille de recevoir Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, il promet un accord historique. Pourtant, la région a déjà entendu ce langage. Pour le Maghreb, cette annonce s’inscrit dans une longue série de promesses incertaines.
Donald Trump a choisi sa propre plateforme, Truth Social, pour annoncer un « moment historique ». Selon lui, « une opportunité réelle » existerait pour parvenir à « quelque chose de grand » au Moyen-Orient. Le ton est emphatique, presque triomphaliste, comme s’il suffisait de proclamer la paix pour l’imposer à un conflit qui dure depuis près de huit décennies.
Derrière ces déclarations se cache un plan de vingt et un points présenté par Washington à Netanyahu et à plusieurs capitales arabes et musulmanes. Le texte prévoirait un cessez-le-feu permanent à Gaza, la libération des otages israéliens encore détenus, le retrait progressif de l’armée israélienne et la mise en place d’une administration gazaouie sans le Hamas. Les médias britanniques évoquent même l’implication de Tony Blair dans une phase de transition. L’ombre de l’ancien Premier ministre, artisan controversé de l’intervention en Irak en 2003, ajoute une dose de scepticisme à ce schéma de sortie de crise.
Au même moment, Benjamin Netanyahu montait à la tribune des Nations unies pour dénoncer la reconnaissance de l’État palestinien par une dizaine de pays, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie. Pour lui, un État palestinien équivaudrait à un « suicide national » pour Israël. Le Premier ministre israélien a réaffirmé sa détermination à « terminer le travail » contre le Hamas, alors que la guerre a déjà ravagé Gaza depuis près de deux ans.
Les chiffres rappellent la réalité derrière les slogans. , Après le 7 octobre 2023, l’offensive israélienne a fait plus de 66 000 victimes dans la bande de Gaza, selon des données considérées comme fiables par l’ONU. Derrière ce nombre se trouvent des familles détruites, des quartiers anéantis et une société entière placée au bord de l’effondrement.
Dans ce contexte, les annonces de Trump ressemblent à une opération politique plutôt qu’à une stratégie solide. Le président américain cherche à se présenter comme l’homme capable de résoudre l’insoluble, alors même que les conditions fixées dans son plan paraissent inatteignables. Exclure le Hamas de tout futur gouvernement gazaoui revient à ignorer une réalité sociopolitique, tandis qu’imposer un protectorat international suscite déjà la méfiance dans le monde arabe.
Pour le Maghreb, ces développements suscitent une double lecture. D’un côté, toute avancée vers un cessez-le-feu et la libération des otages peut sembler bienvenue dans une région où l’opinion publique suit avec émotion chaque nouvelle de Gaza. De l’autre, la mémoire collective se nourrit des précédents : les accords d’Oslo, la « feuille de route » de 2003, le plan Kushner de 2020. Tous promettaient un horizon nouveau, tous se sont heurtés au mur des réalités.
L’essentiel demeure absent des discours de Washington et de Tel-Aviv : la reconnaissance pleine et entière des droits nationaux palestiniens. Tant que ce point ne figure pas au centre des négociations, les annonces les plus spectaculaires resteront fragiles. La rencontre entre Trump et Netanyahu illustre une dynamique récurrente. Un dirigeant américain annonce la paix à portée de main, un dirigeant israélien rejette toute reconnaissance palestinienne, et le cycle continue. Pendant ce temps, les civils de Gaza paient le prix d’une guerre interminable.
Ce que Trump présente comme un tournant historique risque de se réduire à une manœuvre de communication. Pour le Maghreb, l’enjeu n’est pas d’adhérer à des proclamations, mais de rappeler que seule une solution juste, fondée sur le droit et la reconnaissance de la Palestine, pourra réellement ouvrir la voie à la stabilité au Moyen-Orient.
