Les délégations israéliennes et palestiniennes poursuivent au Caire des pourparlers indirects sous l’égide du plan proposé par Donald Trump. Deux ans après le déclenchement de la guerre, l’initiative met en lumière la difficulté de transformer les cessez-le-feu temporaires en véritable perspective politique.
La ville de Sharm el-Sheikh accueille depuis lundi une nouvelle tentative de médiation. Des représentants israéliens et des négociateurs du mouvement islamiste Hamas discutent par l’intermédiaire des services de renseignement égyptiens, appuyés par le Qatar. Le conflit, déclenché en octobre 2023, a laissé plus de soixante-sept mille morts dans la bande de Gaza selon des chiffres reconnus par les Nations Unies. La pression humanitaire se double d’un épuisement militaire qui pousse les deux camps à envisager une trêve durable.
Le plan mis sur la table par Donald Trump suscite autant d’espoir que de scepticisme. L’ancien président américain affirme que le Hamas serait prêt à accepter les conditions qu’il défend, parmi lesquelles figurent son désarmement, son retrait du gouvernement de Gaza et la sortie progressive des forces israéliennes du territoire. En contrepartie, Israël libérerait des milliers de prisonniers palestiniens, y compris des détenus condamnés à perpétuité, en échange des otages encore retenus dans l’enclave.
L’architecture institutionnelle proposée reste floue. Washington envisage une administration de transition dirigée par des technocrates, placée sous supervision internationale et pilotée de facto par la Maison Blanche. Cette hypothèse heurte la volonté du Hamas de conserver une place dans la gouvernance, même minimale. Elle soulève aussi une question plus large : peut-on imposer un schéma de paix sans véritable adhésion des acteurs locaux, alors que la société gazaouie sort exsangue de deux années de guerre?
L’Égypte et le Qatar tentent de rapprocher des positions irréconciliables. Leur rôle confirme que la région n’entend pas rester spectatrice d’un processus conduit depuis Washington. Le Caire voit dans cette médiation un moyen de consolider son influence sécuritaire, tandis que Doha maintient son image de facilitateur incontournable. La présence annoncée de Jared Kushner et d’émissaires américains souligne cependant que la diplomatie de Trump demeure centrée sur une logique transactionnelle, où chaque concession doit être compensée par un gain immédiat.
Le contraste entre l’urgence humanitaire et les calculs stratégiques des puissances demeure frappant. Les bombardements se poursuivent malgré l’appel de Washington à une désescalade, signe que la logique militaire continue de dicter le tempo. Pour les familles de Gaza comme pour celles des otages israéliens, l’attente reste la même depuis deux ans : retrouver un minimum de sécurité et de dignité.
L’avenir de Gaza se joue dans ces discussions, mais il dépend surtout de la capacité à dépasser un plan pensé à Washington pour enraciner une solution crédible dans le tissu régional. L’histoire récente a montré que les accords imposés de l’extérieur se fragilisent dès le premier vent contraire. C’est sur ce point que se mesurera la valeur réelle de la médiation en cours.
