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Cinquantenaire d’une tragédie effacée: le 8 décembre 1975 demeure une blessure ouverte pour des milliers de familles marocaines

08 décembre 2025 - 18:22

Ce 8 décembre 2025 renvoie à un épisode que beaucoup ont tenté d’effacer. Cinquante ans après l’expulsion collective de familles marocaines installées légalement en Algérie, la mémoire reste vive. Le pays se recueille face à une injustice humaine et juridique dont les traces persistent dans la vie de nombreuses familles.

Le cinquantenaire remet au jour une épreuve que la région n’a jamais vraiment assumée. Le 8 décembre 1975, des familles entières furent retirées de leur quotidien. Environ quarante-cinq mille personnes, parmi elles des couples mixtes et de nombreux enfants, furent conduites vers la frontière maroco-algérienne en plein hiver. L’épreuve survint à quelques jours de l’Aïd, ce qui ajouta un poids affectif au bouleversement matériel. Les témoignages recueillis au fil des ans décrivent un même vertige: une rupture brutale qui transforma des existences tranquilles en exil forcé.

Cette date symbolise une fracture dont les victimes portent toujours l’empreinte. Beaucoup expliquent que l’absence de reconnaissance officielle amplifie la douleur. D’autres rappellent la séparation de familles, la confiscation des biens, la disparition de documents essentiels. Aucun processus d’éclaircissement n’a été engagé par les autorités algériennes, ce qui laisse une impression de déni et prolonge une attente pesante pour les personnes concernées.

La commémoration organisée par le Collectif international de soutien aux familles expulsées en 1975 souligne l’importance de restituer les faits. Le Collectif demande des excuses publiques, la restitution des biens confisqués et une réparation morale et matérielle. Son travail s’appuie sur des archives, des entretiens et une démarche juridique structurée. Le but n’est pas la confrontation, mais la reconnaissance d’un tort historique jamais traité avec la transparence qu’il exige.

La mémoire maghrébine porte encore les marques d’événements où la politique a bouleversé des trajectoires individuelles. Le 8 décembre 1975 en fait partie. Revenir sur cet épisode permet de mieux comprendre les fragilités de l’espace régional et les attentes de populations qui souhaitent transmettre leur histoire sans la travestir. Les relations entre peuples se renforcent lorsqu’elles reconnaissent les blessures du passé et ouvrent un espace pour la parole.

Cinquante ans après, cette commémoration invite à préserver la dignité des victimes et à inscrire leur récit dans une mémoire collective lucide. Le silence ne guérit rien. L’écoute, le travail documentaire et l’engagement civique peuvent, eux, éclairer une page que la région gagnerait à regarder en face.

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