La pérennité de la lutte contre la désinformation médiatique passe par une mobilisation collective et des politiques publiques cohérentes, a affirmé la présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle.
La présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Latifa Akharbach, a souligné, mercredi à Rabat, que l’efficacité durable de la lutte contre la désinformation et le démantèlement des récits fallacieux exigent une action publique coordonnée, fondée sur le principe de responsabilité partagée.
S’exprimant lors d’une rencontre organisée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication autour du thème « Lutte contre les fake news : approches et visions croisées », Mme Akharbach a estimé que l’anticipation et la gestion des risques médiatiques susceptibles de menacer la cohésion nationale et le bon fonctionnement de l’espace démocratique appellent une approche globale. Celle-ci doit s’inscrire dans des politiques publiques effectives, visant l’installation durable des capacités nécessaires en matière de libertés fondamentales, de professionnalisme médiatique, de régulation, d’éducation citoyenne et de maîtrise des outils communicationnels et technologiques.
La présidente de la HACA a mis en avant le rôle central du journalisme professionnel dans la lutte contre les contenus trompeurs et la désinformation. Elle a plaidé pour un effort collectif destiné à renforcer la préparation et la capacité des médias professionnels à assumer pleinement cette mission, à travers l’amélioration de la qualité et de la crédibilité de leurs productions. Elle a également insisté sur la nécessité de surmonter les différentes formes de fragilité susceptibles d’affaiblir le secteur, qu’elles soient d’ordre économique, professionnel ou éthique.
Abordant la dimension internationale des risques informationnels, Mme Akharbach a relevé que leur caractère global impose la mise en place de réponses locales adaptées, enracinées dans les contextes nationaux. Elle a, à cet égard, attiré l’attention sur le poids croissant des plateformes numériques dans l’espace public médiatique, soulignant qu’elles exercent désormais un pouvoir déterminant en matière d’arbitrage éditorial, principalement à travers des mécanismes algorithmiques guidés par des logiques commerciales.
Selon elle, une telle situation pose un problème du point de vue des droits humains fondamentaux, dans la mesure où l’information relève du domaine de l’intérêt général. Son traitement devrait, de ce fait, répondre en priorité aux besoins collectifs des sociétés et respecter les principes de responsabilité, de transparence et de pluralisme.
La présidente de la HACA a également mis en garde contre les effets du développement rapide des technologies de l’intelligence artificielle, dans un contexte marqué par un retard de l’encadrement juridique et par l’absence de principes de gouvernance mondiale contraignants. Cette évolution, a-t-elle expliqué, contribue à accroître la vulnérabilité des systèmes médiatiques et la sensibilité des sociétés aux déséquilibres informationnels.
Elle a ajouté que l’usage croissant de l’intelligence artificielle, aussi bien au sein de la société que dans les rédactions, constitue aujourd’hui un facteur majeur d’amplification de la désinformation et d’érosion de la confiance dans l’information, en l’absence de cadres réglementaires adaptés et d’une sensibilisation suffisante aux risques liés à ces technologies innovantes, mais faillibles.
Dans ce contexte, Mme Akharbach a insisté sur le caractère urgent et incontournable de l’incitation des acteurs du numérique à adopter des politiques responsables. Elle a rappelé que l’influence grandissante des plateformes dans l’accès à l’information a un impact direct sur la qualité du débat public et sur l’intégrité de la vie politique.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication pour identifier des réponses appropriées aux dérives observées dans l’espace médiatique et numérique, au premier rang desquelles figure la problématique des fausses informations et leurs multiples répercussions sur les individus et la société.
L’événement a réuni des responsables institutionnels, des professionnels des médias ainsi que des experts du champ numérique et informationnel, afin d’éclairer les différentes dimensions de la désinformation, d’en analyser les manifestations et les impacts, et d’explorer les moyens d’y faire face à travers une approche collective, coordonnée et durable, fondée sur le dialogue, la coopération et le partage des bonnes pratiques.
