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Cisjordanie : quatorze États condamnent l’expansion coloniale israélienne

25 décembre 2025 - 10:38

La condamnation conjointe publiée par quatorze pays occidentaux à propos du projet israélien d’extension des colonies en Cisjordanie marque un durcissement du ton diplomatique, tout en révélant les limites persistantes de l’action internationale. France, Royaume-Uni, Canada, Japon et plusieurs États européens ont dénoncé une décision qualifiée de violation flagrante du droit international et de menace directe pour toute perspective de paix durable.

Le contexte immédiat donne à cette déclaration une portée particulière. Le feu vert accordé par le cabinet de sécurité israélien à la création de dix-neuf nouvelles colonies intervient alors que les efforts de désescalade à Gaza demeurent fragiles et que la scène régionale reste sous haute tension. La colonisation en Cisjordanie apparaît, dans ce cadre, comme un facteur de déstabilisation structurelle, susceptible d’élargir le conflit bien au-delà de l’enclave palestinienne.

Le texte commun rejette toute forme d’annexion ou de fait accompli territorial et rappelle l’illégalité des implantations au regard du droit international. Les signataires appellent Israël à se conformer à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2016, qui exige l’arrêt de toute activité de colonisation dans les territoires occupés depuis 1967. Ce rappel juridique n’a rien d’anodin. Il souligne l’écart croissant entre les engagements internationaux et les dynamiques observées sur le terrain.

Les propos tenus par le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, assumant que l’expansion coloniale vise à empêcher la création d’un État palestinien, ont contribué à cristalliser les réactions. Rarement l’objectif politique de la colonisation aura été formulé avec une telle clarté. Cette franchise renforce la lecture selon laquelle la solution dite des deux États se trouve progressivement vidée de sa substance, moins par une rupture formelle que par une accumulation de décisions irréversibles.

Pour les capitales occidentales, la difficulté réside dans la traduction politique de cette indignation. Les déclarations se succèdent, les termes se durcissent, mais les instruments de contrainte demeurent absents. Cette asymétrie entre le diagnostic et l’action nourrit un scepticisme croissant, y compris parmi les partenaires régionaux, quant à la capacité réelle de la communauté internationale à infléchir les choix israéliens.

La déclaration insiste sur le droit des Palestiniens à l’autodétermination et réaffirme l’attachement à une paix juste, globale et viable fondée sur deux États. Ces formules, désormais classiques, continuent de structurer le discours diplomatique occidental. Leur répétition, toutefois, met en lumière une forme d’usure politique. À mesure que la colonisation progresse, l’horizon qu’elles dessinent semble s’éloigner.

Au-delà du cas israélo-palestinien, cet épisode interroge la crédibilité de l’ordre international fondé sur des règles. Lorsque des violations répétées du droit international suscitent des condamnations sans effets concrets, c’est l’autorité même de ces normes qui s’érode. La Cisjordanie devient alors un laboratoire involontaire d’un monde où le rapport de force prime sur le cadre juridique.

La prise de position des quatorze pays traduit une volonté de préserver un minimum de cohérence normative. Elle révèle aussi un paradoxe persistant : la capacité à nommer clairement les dérives coexiste avec l’incapacité à les contenir. Tant que cet écart subsistera, les déclarations, aussi fermes soient-elles, resteront suspendues entre principe et impuissance.

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