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L'Algérie et le Polisario perdent son dernier grand allié avec la capture de Maduro

10 janvier 2026 - 15:22

L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines le 3 janvier a des ramifications qui s’étendent bien au-delà du continent américain. Pour le Front Polisario et son principal soutien, l’Algérie, l’opération représente la disparition du dernier grand bastion latino-américain qui soutenait les revendications séparatistes au Sahara occidental, clôturant un cycle de quatre décennies de soutien idéologique et financier depuis Caracas.

 La capture de Nicolás Maduro par les forces américaines dans la nuit du 3 janvier constitue un point d’inflexion qui transcende les frontières latino-américaines. Pour l’Algérie et le Front Polisario, l’opération militaire à Caracas représente la disparition du dernier grand allié latino-américain à un moment critique pour les aspirations séparatistes au Sahara occidental. Le Venezuela était devenu durant quatre décennies ce que des sources diplomatiques qualifient de « marqueur idéologique » de la politique étrangère chaviste, fournissant non seulement un soutien politique mais aussi un appui financier direct au mouvement séparatiste sahraoui. La perte de ce soutien intervient à un moment particulièrement délicat, lorsque le Polisario fait face à un isolement croissant sur la scène internationale et que l’Algérie se voit soumise à des pressions économiques et géopolitiques d’une intensité sans précédent depuis des décennies.

L’engagement vénézuélien envers la cause sahraouie débute formellement en 1982, lorsque Caracas a reconnu officiellement la République arabe sahraouie démocratique. Cependant, c’est avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez que cette position s’est transformée en un véritable pilier de la politique étrangère vénézuélienne. Chávez a intégré le Sahara dans sa narrative anti-impérialiste et de solidarité tiers-mondiste, présentant le conflit comme l’expression de sa lutte contre l’hégémonie occidentale. Nicolás Maduro a hérité et approfondi cet engagement après la mort de Chávez en mars 2013. En mars 2023, Maduro a reçu le secrétaire général du Polisario, Brahim Ghali, lors d’une visite officielle de haut niveau. L’ambassadeur vénézuélien accrédité à Alger assumait simultanément des fonctions de représentant auprès de la RASD, une configuration administrative qui reflétait l’importance accordée par Caracas à ce dossier. Cette implication vénézuélienne a généré une hostilité croissante avec le Maroc, qui a fermé son ambassade à Caracas en 2009 et conditionné toute normalisation à un changement de posture sur le Sahara.

La réaction officielle de l’Algérie face à la capture de Maduro a été notablement tardive et, donc, révélatrice. Ni le ministère des Affaires étrangères ni la présidence algérienne n’ont émis de déclarations immédiates sur l’opération américaine, un silence qui selon des sources diplomatiques révélait une « nervosité palpable au sommet du pouvoir ». Ce mutisme était d’autant plus frappant compte tenu du niveau des relations qu’Alger avait cultivées avec Caracas durant des années. Maduro avait effectué deux visites officielles en Algérie, en juin 2022 et octobre 2024, étant reçu à chaque occasion avec les honneurs d’État. Lorsque l’explication officielle du ministre des Affaires étrangères algérien Ahmed Attaf est finalement arrivée près de deux jours plus tard, le 5 janvier, celle-ci s’est concentrée quasi exclusivement sur la justification de la position algérienne lors du vote de la résolution 2797 du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, adoptée le 31 octobre 2025. Cette explication, centrée sur un vote d’octobre 2025, était présentée comme la justification du silence sur le Venezuela, révélant la difficulté du régime algérien à articuler une position cohérente qui n’irrite ni Washington ni sa propre opinion publique.

La capture de Maduro s’inscrit dans une séquence d’événements qui mettent en évidence le démantèlement progressif du réseau d’alliances qui avait soutenu pendant des décennies les revendications du Polisario. En à peine quatorze mois, entre décembre 2024 et janvier 2026, le mouvement séparatiste a perdu trois de ses alliés stratégiques les plus importants. La première pièce à tomber fut la Syrie en décembre 2024, lorsque le régime d’Assad s’est effondré, privant l’Algérie d’un interlocuteur affin dans une région cruciale. La deuxième fut l’Iran, secoué depuis le 28 décembre 2025 par des manifestations massives déclenchées par l’effondrement du rial et une inflation galopante, l’administration Trump menaçant publiquement d’intervenir militairement si le régime réprime violemment les manifestants. La troisième pièce est le Venezuela, dont la chute configure un scénario d’isolement progressif que des sources décrivent comme peut-être le plus grave pour le Polisario depuis sa fondation en 1973. Ce démantèlement successif ne répond pas à des développements isolés mais à l’effondrement du réseau d’alliances alternatives au système occidental qui avait émergé dans les années 2000.

Le coup diplomatique le plus significatif pour les aspirations du Polisario est cependant parvenu para la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies elle-même. Ce texte, élaboré par les États-Unis, introduit une évolution fondamentale dans le traitement onusien du conflit. La résolution réaffirme formellement le principe d’autodétermination comme base juridique du processus, mais décrit simultanément le plan d’autonomie marocain comme la solution qui « pourrait représenter la plus plausible ». Lors du vote, le comportement de la Russie, partenaire stratégique historique de l’Algérie, s’est révélé éloquent : elle s’est abstenue au lieu d’exercer son droit de veto. La Chine s’est également abstenue, témoignant d’une posture de plus en plus pragmatique : Pékin entretient des relations commerciales plus intenses avec le Maroc qu’avec l’Algérie. Cette double abstention russo-chinoise a privé l’Algérie du bouclier qui la protégeait traditionnellement des résolutions défavorables. Le résultat du vote — 11 voix pour, trois abstentions et l’absence de l’Algérie — marquait un point d’inflexion sans précédent dans le traitement du conflit.

Contrairement à la nervosité algérienne, le Maroc a adopté une posture de silence absolu face à la capture de Maduro. Ni le ministère des Affaires étrangères ni la présidence du gouvernement n’ont émis le moindre communiqué sur l’opération américaine, une abstention qui reflétait une lecture stratégique très calibrée. Rabat n’avait pas besoin de se prononcer car les faits travaillaient en sa faveur sans aucun coût diplomatique pour le royaume. Cette absence de commentaires contrastait avec le soutien explicite que le Maroc avait exprimé en 2019 à Juan Guaidó lorsque celui-ci s’était autoproclamé président par intérim du Venezuela. Cinq ans plus tard, avec Maduro capturé et le régime chaviste démantelé par la force, le Maroc n’avait pas besoin de revendiquer quelque victoire que ce soit. Le silence officiel n’a pas empêché qu’à l’intérieur du Maroc plusieurs formations de gauche condamnent l’arrestation de Maduro, reproduisant des arguments similaires à ceux employés par leurs homologues latino-américains, ce qui a suscité de vives critiques sur les réseaux sociaux de la part de ceux qui privilégiaient les intérêts stratégiques du pays.

La convergence de ces facteurs place le Front Polisario dans sa position la plus précaire depuis sa fondation, avec une marge de manœuvre qui se rétrécit rapidement. Pour l’Algérie, la situation configure une double vulnérabilité économique et géopolitique qui réduit dramatiquement sa capacité d’action. La chute des prix du pétrole, combinée à l’augmentation de la consommation intérieure fortement dépendante des importations, menace les fondements du modèle rentier sur lequel s’est construit l’État algérien postcolonial. Simultanément, les pressions géopolitiques américaines, articulées à travers des déclarations politiques explicites et un activisme diplomatique intense, signalent que Washington ne considère pas le dossier sahraoui comme clos. Pour le Maroc, la situation représente une consolidation stratégique qui ne requiert ni actions additionnelles ni déclarations triomphalistes. La tendance qui se dégage de cette analyse pointe vers une résolution du contentieux du Sahara occidental orientée vers l’autonomie sous souveraineté marocaine, bien que le moment exact et les modalités de cette évolution dépendront de la capacité du régime algérien à gérer simultanément des pressions économiques sévères et des demandes de changement dans sa politique étrangère.

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