La ministre de la Transition numérique affirme que la stratégie nationale d’IA vise l’autonomie stratégique, la consolidation institutionnelle et un modèle de coopération Sud–Sud fondé sur le partage des compétences.
Lors du lancement du projet des « Instituts Al-Jazari », organisé ce lundi à Rabat, la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a réaffirmé un positionnement clair : le Maroc a opté pour une trajectoire souveraine dans le déploiement de l’intelligence artificielle, plutôt que pour une insertion passive dans une logique de dépendance technologique.
Cette déclaration s’inscrit dans la continuité des travaux de la Conférence nationale sur l’intelligence artificielle, tenue en juillet 2025 sous le Haut Patronage royal. Les conclusions de cette rencontre avaient établi un diagnostic sans ambiguïté : l’IA constitue désormais un levier structurant de puissance économique, institutionnelle et géopolitique. Dans ce cadre, la dépendance technologique cesse d’être une hypothèse théorique pour devenir une vulnérabilité stratégique tangible.
La ministre a rappelé que, selon les projections de la CNUCED, le marché mondial de l’intelligence artificielle pourrait atteindre 4 800 milliards de dollars à l’horizon 2033, dans un contexte marqué par une concentration croissante des technologies, des données et des chaînes de valeur entre un nombre restreint d’États et de grandes entreprises. Ce déséquilibre alimente une asymétrie structurelle entre pays producteurs de technologie et pays consommateurs, avec des implications directes en matière de souveraineté, de sécurité économique et de gouvernance publique.
Dans ce paysage concurrentiel, le Maroc enregistre néanmoins des signaux positifs. Le pays a progressé de quatorze places dans l’indice “Government AI Readiness 2025”, traduisant, selon la ministre, l’amélioration des politiques publiques, le renforcement de la gouvernance de l’IA et la montée en puissance des capacités institutionnelles. Cette dynamique appelle toutefois une accélération des rythmes d’exécution afin de consolider durablement les acquis.
La ministre a également souligné que l’intelligence artificielle ne saurait être considérée comme un outil neutre par essence. Sans cadre public robuste, elle peut accentuer les fractures sociales, territoriales et économiques. La stratégie nationale repose ainsi sur cinq piliers structurants : la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement massif et encadré des compétences, le soutien à l’innovation nationale et la promotion de l’équité territoriale.
Au-delà de la dimension nationale, la vision portée par le programme “AI Made in Morocco” s’inscrit dans une logique de coopération Sud–Sud. L’objectif consiste à proposer un modèle alternatif fondé sur la co-construction de solutions d’intelligence artificielle fiables, adaptées aux contextes locaux et orientées vers le développement, plutôt que sur une simple importation de technologies conçues dans les économies du Nord sans transfert réel de savoir-faire.
Cette orientation stratégique traduit une ambition plus large : faire de l’IA un vecteur d’autonomie collective, de structuration des compétences et de projection régionale, tout en maintenant un équilibre entre innovation, régulation et responsabilité publique. À l’heure où la compétition technologique redéfinit les rapports de puissance, la capacité à maîtriser ses propres infrastructures numériques devient un enjeu central de souveraineté et de stabilité.
