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Maroc : une croissance de 4 % au troisième trimestre, entre normalisation industrielle et soutiens internes

13 janvier 2026 - 12:39

La croissance de l’économie marocaine s’est établie à 4 % au troisième trimestre 2025, selon les dernières données publiées par le Haut-Commissariat au Plan. Après un premier semestre particulièrement dynamique, marqué par des progressions de 4,8 % au premier trimestre et de 5,5 % au deuxième, ce ralentissement relatif traduit une phase de normalisation conjoncturelle dans un environnement international plus contraint.

Cette inflexion s’explique principalement par la décélération des activités manufacturières. Les industries métalliques, métallurgiques, électroniques et textiles ont été confrontées, durant l’été 2025, à un tassement de la demande extérieure. La contraction des carnets de commandes dans plusieurs marchés partenaires, affectés par le durcissement des conditions financières et par une croissance mondiale plus hésitante, a pesé sur la dynamique exportatrice marocaine. Le secteur industriel, moteur du premier semestre, entre ainsi dans une phase d’ajustement plus prudente.

En contrepoint, plusieurs branches ont continué à jouer un rôle stabilisateur. Les services non marchands et financiers, l’immobilier ainsi que l’agriculture ont contribué à maintenir un rythme d’activité supérieur à sa tendance de long terme, avec un gain estimé à 0,4 point. Cette configuration confirme le caractère de plus en plus diversifié de la structure productive nationale, où les relais de croissance internes amortissent partiellement les chocs venus de l’extérieur.

L’investissement demeure un pilier central de cette trajectoire. Les dépenses publiques en infrastructures, combinées au redressement de l’équipement des entreprises, ont soutenu la formation brute de capital fixe. Cette orientation renforce les capacités productives et améliore la résilience à moyen terme, en particulier dans les secteurs logistiques, énergétiques et industriels intégrés aux chaînes de valeur régionales.

La consommation des ménages poursuit également sa progression, mais à un rythme plus modéré. Elle a enregistré une hausse de 3,9 % au troisième trimestre, après 5,1 % au trimestre précédent. Cette évolution reflète une amélioration progressive du pouvoir d’achat, tempérée par un contexte de vigilance budgétaire des ménages et par l’ajustement des conditions de crédit. La demande intérieure reste un moteur solide, tout en adoptant une trajectoire plus soutenable.

Les échanges extérieurs continuent toutefois d’exercer un effet restrictif sur la croissance. Le solde net des exportations a amputé la progression du PIB de 4,3 points au cours de la période. Cette contribution négative souligne la dépendance persistante de certains segments industriels à la conjoncture internationale et pose la question de la montée en gamme des exportations, de la diversification des marchés et du renforcement des capacités locales de transformation.

Sur le plan macroéconomique, les équilibres internes affichent une résilience relative, malgré un durcissement des pressions sur les finances publiques. Le déficit budgétaire s’est renforcé au troisième trimestre, dans un contexte d’efforts d’investissement et de soutien à certains secteurs stratégiques. Le besoin de financement de l’économie s’est légèrement atténué, atteignant 12,3 milliards de dirhams contre 13,7 milliards le trimestre précédent, ce qui traduit un ajustement graduel des flux financiers.

Au-delà des chiffres, cette séquence illustre une transition vers un régime de croissance plus équilibré. La phase d’accélération post-pandémique et de rattrapage sectoriel laisse place à une dynamique plus sélective, où la qualité de la croissance devient un enjeu central : productivité, intégration industrielle, innovation, transition énergétique et cohésion territoriale.

Les projections pour la fin de l’année 2025 et le début de 2026 dépendront largement de l’évolution de la demande internationale, des conditions financières mondiales et de la capacité à maintenir un niveau élevé d’investissement productif. La trajectoire observée suggère une économie capable d’absorber des chocs externes tout en consolidant ses moteurs internes, à condition que les réformes structurelles accompagnent l’effort conjoncturel.

Dans ce contexte, la lecture des données du troisième trimestre invite à une approche nuancée : la croissance ralentit, mais elle repose sur des fondamentaux plus diversifiés et sur une capacité d’adaptation accrue. La question centrale demeure celle de la transformation de cette résilience en levier durable de compétitivité, d’emploi qualifié et de valeur ajoutée nationale.

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