Après plus de deux ans d’interruption, Bruxelles s’apprête à rouvrir le dossier de la pêche avec Rabat. La Commission européenne a reçu un mandat officiel pour engager des négociations en vue d’un nouveau protocole permettant aux navires européens d’accéder aux eaux marocaines, dans un contexte marqué par une concurrence internationale accrue sur les ressources maritimes et par de nouvelles exigences en matière de durabilité et de souveraineté.
Le secteur européen de la pêche s’engage dans une nouvelle phase de coopération avec le Maroc. Selon le quotidien espagnol La Razón, les États membres de l’Union européenne ont accordé un mandat formel à la Commission afin d’ouvrir des négociations avec Rabat, portant à la fois sur un accord-cadre de coopération et sur un protocole opérationnel définissant les conditions d’accès et d’exploitation des ressources halieutiques.
Cette décision répond à une pression croissante des milieux professionnels européens. Les flottes communautaires font face à une réduction progressive de leurs zones d’activité, en raison des restrictions environnementales renforcées dans les eaux européennes et de pratiques de pêche peu durables observées dans certaines régions du monde. Dans ce contexte, l’accès aux zones de pêche marocaines apparaît de plus en plus comme un levier stratégique pour préserver l’équilibre économique du secteur.
L’organisation Europêche, qui représente les intérêts des pêcheurs européens, a récemment souligné le caractère devenu quasi indispensable d’un nouvel accord avec le Maroc. La raréfaction des ressources halieutiques, conjuguée à l’augmentation des coûts d’exploitation et à la pression réglementaire, pousse les opérateurs à rechercher des partenariats stables et juridiquement sécurisés.
Le rapport évoque également un élément de concurrence internationale croissante. La Russie aurait déjà intensifié la présence de sa flotte dans les eaux marocaines, tandis que le Royaume-Uni pourrait suivre une trajectoire similaire. Cette dynamique renforce la dimension géostratégique du dossier et confère aux futures négociations une portée dépassant le simple cadre commercial.
Le feu vert politique donné à Bruxelles intervient quelques semaines après les déclarations du commissaire européen chargé de la pêche et des océans, Costas Kadis, qui avait annoncé, le 11 novembre dernier devant le Parlement espagnol, l’intention de relancer officiellement le dialogue avec le Maroc. Le dernier protocole entre les deux parties avait expiré le 19 juillet 2023, après avoir constitué pendant plusieurs années un pilier central de l’activité des flottes européennes dans les eaux marocaines.
Les discussions à venir s’inscrivent dans un environnement international profondément transformé. La pêche maritime dépasse désormais la seule logique économique : elle est liée aux enjeux de durabilité des ressources, de souveraineté des États, de sécurité alimentaire et d’équilibres géopolitiques régionaux. La gestion des zones maritimes devient un marqueur de puissance, de crédibilité institutionnelle et de capacité de négociation.
Pour Rabat comme pour Bruxelles, la reprise des échanges traduit une volonté pragmatique de réorganiser un partenariat devenu nécessaire, tout en intégrant les nouvelles contraintes environnementales et les impératifs de stabilité juridique. Le Maroc dispose d’un levier stratégique important dans la structuration de ce futur cadre, tandis que l’Union européenne cherche à sécuriser durablement l’accès de ses flottes à des zones de pêche compétitives.
Au-delà du dossier technique, ces négociations illustrent la manière dont les ressources maritimes s’inscrivent désormais au cœur des recompositions économiques et géopolitiques euro-méditerranéennes.
