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Jorge Vilda, sélectionneur des Lionnes de l’Atlas : « Au Maroc, nous avons ce que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde »

17 janvier 2026 - 20:44

Dans un entretien accordé au quotidien espagnol AS, l’ancien sélectionneur champion du monde avec l’Espagne décrit un environnement sportif marocain qu’il juge exceptionnel. Derrière cet enthousiasme assumé, se dessine une stratégie de long terme où sport, infrastructures et diplomatie d’influence convergent.

La déclaration de Jorge Vilda vaut davantage qu’un simple compliment. « Nous travaillons ici depuis deux ans et demi sur un projet majeur, ambitieux, avec un investissement très fort », confie-t-il depuis Rabat. Ce qu’il décrit renvoie à une vision structurée, pensée dans la durée, appuyée par une continuité institutionnelle rare dans de nombreux environnements émergents.

L’entraîneur insiste sur la matérialité de cette transformation. « Il suffit de voyager dans les villes pour voir des grues construire des stades, des terrains d’entraînement, des installations pour que les gens puissent jouer dans la rue », observe-t-il. Cette omniprésence du chantier sportif traduit une volonté d’ancrage territorial, qui dépasse la logique événementielle pour installer une culture durable de la pratique.

Le cœur du dispositif, selon Vilda, réside dans le complexe Mohammed VI. Son jugement est sans ambiguïté : « Je n’ai rien vu de comparable dans le monde, vraiment. C’est un centre de premier niveau, avec des terrains impeccables, des résidences, une clinique, un centre de récupération. C’est un privilège d’y travailler. » Plus qu’un outil de performance, ce type d’infrastructure fonctionne comme un marqueur de crédibilité internationale et comme un pôle d’attraction pour les compétences.

Cette montée en puissance s’inscrit également dans une logique continentale. Le Maroc cherche à consolider sa place comme plateforme sportive africaine, capable d’accueillir des compétitions majeures et de former des cadres techniques. Le football féminin, encore en phase de structuration dans de nombreux pays, devient un terrain d’expérimentation et de visibilité. Vilda rappelle que « dans les deux dernières Coupes d’Afrique, nous sommes arrivés en finale », tout en reconnaissant que « le processus est encore en construction ».

La question de l’exigence traverse son discours. « Quand le Maroc joue un tournoi, c’est pour le gagner », rapporte-t-il en citant les attentes exprimées par la fédération. L’investissement crée une pression constante sur la performance, installe une culture de responsabilité et accélère la professionnalisation des structures. Cette logique de résultats nourrit la crédibilité du projet, tout en imposant une discipline organisationnelle élevée.

Un autre levier stratégique concerne la gestion de la diaspora sportive. « Il est essentiel d’avoir un département de scouting pour repérer des joueurs ayant des racines marocaines et un niveau compétitif », explique-t-il. Cette articulation entre talents locaux et profils issus de l’étranger reflète une conception moderne de la souveraineté sportive, fondée sur la circulation des compétences plutôt que sur leur cloisonnement.

L’entretien touche également à la projection internationale. Interrogé sur la perspective du Mondial 2030, Vilda reste prudent mais souligne la qualité des infrastructures : « Les stades ici sont magnifiques. Celui qui se construit entre Rabat et Casablanca sera spectaculaire. » L’hypothèse d’une finale disputée sur sol marocain, même évoquée avec réserve, traduit une montée en gamme symbolique qui dépasse le strict cadre sportif.

Derrière ces propos se dessine une forme de diplomatie douce, où le sport fonctionne comme vecteur de réputation, de confiance et de visibilité internationale. La capacité organisationnelle, la stabilité décisionnelle et la cohérence stratégique deviennent des éléments de narration nationale, lisibles par les partenaires étrangers autant que par les opinions publiques.

Il serait pourtant réducteur d’attribuer cette dynamique uniquement aux infrastructures ou aux budgets. La transformation repose aussi sur la formation des cadres, la structuration des compétitions, la massification de la pratique et l’appropriation sociale du projet sportif. Le football devient un laboratoire de politiques publiques, un espace d’apprentissage collectif et un instrument de projection symbolique.

La parole d’un technicien étranger reconnu agit ici comme un miroir. Elle valide une trajectoire perçue de l’intérieur tout en renforçant la crédibilité externe. Dans un environnement où l’image compte presque autant que la performance réelle, ce type de reconnaissance contribue à consolider le capital symbolique du pays.

La trajectoire reste ouverte et soumise aux aléas sportifs. Elle dessine néanmoins une orientation claire : faire du sport un pilier de crédibilité internationale, un outil de structuration sociale et un langage universel de dialogue avec le monde.

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