À quelques semaines du Mondial 2026, l’Espagne se retrouve confrontée à une séquence qui dépasse largement le cadre sportif. Les chants islamophobes entendus lors du match amical entre l’Espagne et l’Égypte à Cornellà relancent le débat sur le climat qui règne dans certaines tribunes et sur la capacité des instances à y répondre avec la fermeté nécessaire.
Le match, qui devait servir de répétition avant le tournoi de cet été, a rapidement été éclipsé par des slogans visant les musulmans, scandés à plusieurs reprises depuis un secteur du stade. L’incident a immédiatement pris une dimension politique et sociale, d’autant plus qu’il s’inscrit dans une tendance déjà documentée : en Catalogne, les signalements liés à l’islamophobie ont fortement augmenté au cours des dernières années.
Sur le plan sportif, l’épisode a également affecté l’image de la sélection espagnole. La présence de joueurs comme Lamine Yamal, dont les origines marocaines et l’appartenance à la culture musulmane font partie du regard public porté sur lui, a donné à la scène une portée symbolique particulière. Son absence lors du tour d’honneur après le match n’a fait qu’accentuer le malaise.
La gestion institutionnelle du dossier soulève aussi des questions. Le protocole antiraciste n’a pas été activé immédiatement, malgré la nature explicite des chants. Cette hésitation nourrit aujourd’hui les critiques sur la capacité des instances à réagir à la hauteur des enjeux.
Mais au-delà de l’échéance immédiate de 2026, cet épisode projette déjà son ombre sur les grandes ambitions footballistiques de la décennie. Les pays appelés à accueillir les rendez-vous majeurs du football mondial seront jugés non seulement sur leurs infrastructures, mais aussi sur le climat social et symbolique qui entoure leurs stades.
À mesure que se rapproche l’horizon de 2030, ce qui se passe aujourd’hui dans les tribunes prend une autre dimension. La qualité d’une grande affiche ne dépend pas uniquement du prestige du stade ou de sa capacité d’accueil ; elle dépend aussi du sentiment de sécurité, de respect et d’inclusion que le lieu inspire aux supporters venus de tous les continents.
Autrement dit, certains matchs se jouent bien avant le coup d’envoi — et parfois loin de la pelouse.
