Rome s’apprête à vivre l’un des moments les plus solennels du calendrier chrétien dans une atmosphère lourde d’inquiétude. Pour la première fois depuis son élection, le pape Léon XIV présidera les célébrations pascales au Vatican, alors que le conflit au Moyen-Orient continue d’assombrir la Semaine sainte et d’alimenter l’angoisse des communautés chrétiennes de la région.
Ces fêtes pascales revêtent une dimension hautement symbolique. Elles interviennent un an après la disparition du pape François, dont les dernières apparitions publiques avaient précisément eu lieu pendant la Semaine sainte 2025. Son souvenir demeure encore très présent sur la place Saint-Pierre, où des dizaines de milliers de fidèles sont attendus dans les prochains jours.
Mais cette année, le message pascal ne pourra se dissocier du fracas des bombes.
Depuis Jérusalem jusqu’au sud du Liban, les communautés chrétiennes vivent ces journées dans la peur, entre déplacements forcés, bombardements quotidiens et incertitude quant à l’avenir. Le Vatican suit avec une profonde préoccupation la situation dans une région où la présence chrétienne, déjà fragilisée depuis des décennies, continue de s’éroder.
Le souverain pontife, Américain d’origine et naturalisé péruvien, a adopté jusqu’ici une posture diplomatique mesurée. Cependant, à l’approche de Pâques, son discours s’est fait plus explicite. Lors de la messe des Rameaux, il a dénoncé « la souffrance atroce infligée aux innocents » et a appelé les dirigeants du monde à retrouver le chemin du dialogue et de la désescalade.
Tous les regards seront tournés vers la bénédiction traditionnelle Urbi et Orbi, prévue dimanche depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre. Ce message, à forte portée spirituelle mais aussi politique, sera scruté comme un indicateur majeur de la ligne diplomatique du nouveau pontificat face à la guerre.
Le Triduum pascal débutera ce Jeudi saint par la messe chrismale au Vatican, avant une célébration à la basilique Saint-Jean-de-Latran. Léon XIV y réintroduira le rite du lavement des pieds avec douze prêtres romains, renouant ainsi avec une tradition plus classique, là où François avait privilégié un geste tourné vers les détenus, les migrants et les sans-abri.
Vendredi, le pape présidera le Chemin de Croix au Colisée et, fait hautement symbolique, portera lui-même la croix durant les quatorze stations retraçant la Passion du Christ. Un geste fort qui rappelle les premières années des pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI.
Au-delà du cérémonial religieux, ces premières Pâques de Léon XIV apparaissent déjà comme un moment charnière de son pontificat : celui où la parole pastorale se confronte directement au tumulte du monde.
À Rome, la lumière du cierge pascal s’apprête à s’élever dans la nuit de la basilique Saint-Pierre.
Au Moyen-Orient, pourtant, les ténèbres de la guerre persistent.
