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Albares défend la solidité de l'axe Espagne-Maroc face aux pressions de Trump

08 avril 2026 - 16:42

Le ministre des Affaires étrangères a rejeté lors d’une interview télévisée l’hypothèse selon laquelle Rabat pourrait s’allier à Washington pour exercer une pression sur Sebta et Melillia, qualifiant cette thèse d’« absurde », et a souligné que la relation bilatérale se trouve à ses « plus hauts niveaux historiques ». Cette prise de position intervient dans le contexte du refroidissement entre Madrid et l’administration Trump, après le refus espagnol de faciliter les opérations militaires liées à la guerre en Iran.

Le ministre des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, José Manuel Albares, a rejeté fermement ce mardi le scénario avancé par certains médias et analystes ces dernières semaines : que le Maroc pourrait profiter de la bonne entente du royaume chérifien avec Washington et de la détérioration des relations entre l’Espagne et l’administration de Donald Trump pour solliciter un soutien américain dans sa revendication historique sur les villes de Sebta et Melillia. Dans une interview accordée à l’émission Al Rojo Vivo de La Sexta, Albares a été catégorique : «Nous sommes ici vraiment dans des choses qui sont complètement absurdes».

La question posée au ministre intervenait dans un moment de tension diplomatique maximale entre Madrid et Washington. Le gouvernement de Pedro Sánchez a interdit l’utilisation de ses bases militaires et de son espace aérien aux avions américains liés à l’opération Furia Épica, l’offensive conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui dure maintenant depuis plus d’un mois. Ce refus a généré des frictions avec l’administration Trump et alimenté les spéculations sur de possibles représailles, parmi lesquelles le transfert des installations militaires américaines du sol espagnol vers le Maroc, une possibilité que le sénateur républicain Lindsey Graham avait publiquement évoquée.

L’hypothèse qu’Albares a écartée

Cette thèse a circulé avec une intensité variable selon les médias : des versions modérées évoquant une possible exploitation diplomatique marocaine jusqu’à des affirmations tenant pour acquis une entente entre Rabat et Washington à l’insu de Madrid. Le point de départ commun était la confluence de deux facteurs : la chaleur des relations entre le royaume chérifien et l’administration Trump, qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020, et le refroidissement entre l’Espagne et la Maison Blanche découlant du conflit iranien. Cette hypothèse suggérait, en somme, que le Maroc pourrait utiliser cette marge de manœuvre pour faire pression sur une revendication territoriale que Rabat maintient formellement active depuis des décennies.

Albares a dissipé cette lecture dès les premiers instants de son intervention télévisée. Le ministre a indiqué que sa relation avec le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Burita, est «extraordinaire» et que leurs rencontres ont toujours le même contenu : «continuer à approfondir» l’amitié bilatérale et une relation «mutuellement bénéfique». Loin de percevoir des signaux de tension ou d’opportunisme politique de la part de Rabat, Albares a décrit l’association entre les deux pays comme un modèle de référence sur la scène internationale.

Une relation bilatérale à son plus haut niveau historique

Le ministre a situé la coopération Espagne-Maroc sur un plan qui va au-delà de la rhétorique diplomatique. Il a mentionné des domaines concrets dans lesquels la collaboration entre les deux pays produit des résultats vérifiables : la «lutte contre les mafias qui trafiquent des êtres humains», la coordination policière et la coopération judiciaire. Ces trois axes constituent le noyau opérationnel d’une relation qui, selon Albares, s’est traduite par des avancées tangibles dans le contrôle des flux migratoires irréguliers dans le détroit de Gibraltar et sur les côtes de la Méditerranée occidentale.

La caractérisation que le ministre a faite du lien bilatéral est la plus emphatique qu’il ait employée dans ses déclarations publiques sur le Maroc ces derniers mois : «Une amitié telle que l’Espagne et le Maroc n’en ont jamais eu dans leur histoire, qui est un exemple pour de nombreux pays dans le monde en matière de relations». Cette affirmation inscrit l’association bilatérale dans le chapitre des succès diplomatiques de la législature, à un moment où le gouvernement accumule les pressions sur le front transatlantique et cherche à consolider ses alliances régionales. Albares a ajouté que la relation évolue «toujours vers une plus grande harmonie et une plus grande amitié».

Les bases militaires et le lien transatlantique

Sur le scénario concret évoqué par le sénateur Graham — le transfert des bases de Rota et de Morón de la Frontera vers le Maroc en représailles à la position espagnole dans la guerre en Iran —, Albares a été tout aussi catégorique. Le ministre a déclaré qu’«il n’y a aucun signe d’aucune remise en question de la part de l’un ou l’autre, ni de l’Espagne ni des États-Unis, de la situation actuelle des bases». Cette formulation écarte aussi bien une initiative unilatérale de Washington que toute disposition espagnole à négocier le statut de ces installations comme monnaie d’échange dans la crise diplomatique actuelle.

Pour étayer cette position, Albares a avancé deux arguments de nature différente. Le premier est d’ordre stratégique : l’Espagne est un allié et partenaire «de premier ordre» au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), avec un déploiement de près de 4 000 militaires dans des missions de l’Alliance. Le second est économique : l’Espagne s’est consolidée comme un «grand acheteur» de gaz naturel liquéfié d’origine américaine, avec un «fort excédent» favorable à Washington dans la balance commerciale bilatérale. Ces deux arguments suggèrent que le coût d’une rupture avec Madrid dépasserait largement les bénéfices de toute représaille.

L’interview sur La Sexta a également inclus une prise de position d’Albares sur l’ultimatum lancé par Donald Trump à l’Iran, qui exigeait la réouverture du détroit d’Ormuz avant deux heures du matin ce mercredi, heure espagnole, sous peine de bombarder les infrastructures du pays. Le ministre a évité de qualifier directement cette menace de crime de guerre, bien qu’il ait accepté que le fait d’attaquer des installations civiles de manière indiscriminée correspondrait à cette définition selon le droit international : «C’est ainsi que les définissent les traités internationaux, bien entendu», a-t-il glissé. Albares a exprimé son souhait qu’«aucun ultimatum ne se réalise» et a averti que les conséquences seraient «incalculables» sur les plans économique et humanitaire, tout en admettant que les positions de Téhéran et Washington «restent très éloignées».

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