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L’Espagne rouvre son ambassade à Téhéran comme pari sur une trêve définitive

10 avril 2026 - 20:39

Albares a annoncé devant le Congrès la réouverture de la représentation diplomatique espagnole en Iran, profitant de la fenêtre de deux semaines de cessez-le-feu convenue entre Washington et Téhéran. Ce mouvement a déclenché une nouvelle salve du ministre israélien Gideon Saar, qui a accusé le gouvernement d’agir « main dans la main » avec le régime des ayatollahs, et a ravivé la confrontation entre le Parti populaire (PP) et l’Exécutif au sujet du traitement réservé à un casque bleu espagnol détenu par l’armée israélienne dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, comparaissait devant le Congrès des députés pour informer sur plusieurs dossiers de politique extérieure, et est sorti de la séance avec l’annonce qui marquera l’agenda diplomatique des prochaines semaines : la réouverture de l’ambassade d’Espagne en Iran.

Albares a donné instruction à l’ambassadeur Antonio Sánchez-Benedito de retourner à Téhéran et de reprendre la direction de la représentation, fermée il y a un peu plus d’un mois après les premiers bombardements menés par les États-Unis et Israël contre le pays perse.

« C’est le pari du gouvernement pour la paix », a affirmé le ministre devant les députés, inscrivant cette décision dans l’effort visant à transformer le cessez-le-feu temporaire en solution définitive.

La justification d’Albares repose sur la logique de la fenêtre diplomatique : « Compte tenu de la nouvelle situation et des deux semaines qui s’ouvrent devant nous », le gouvernement considère que l’Espagne doit agir sur tous les vecteurs possibles afin de consolider la trêve.

Le chef de la diplomatie espagnole s’est également entretenu avec son homologue iranien, Abbas Araghchi, auquel il a communiqué la décision, et a maintenu ces dernières heures des contacts avec ses homologues du Pakistan, d’Oman, du Qatar, du Bahreïn et du Koweït, ainsi qu’avec le ministre libanais Youssef Raggi.

En parallèle, Albares a offert le soutien espagnol au Pakistan afin d’accueillir à Islamabad les négociations de paix entre l’Iran et les États-Unis, susceptibles de se tenir à la fin de cette semaine.

Israël répond par des accusations

La décision de rouvrir l’ambassade a provoqué une réaction immédiate du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar.

Dans des déclarations publiées sur le réseau social X, Saar a accusé l’Exécutif espagnol d’aller « main dans la main, sans pudeur » avec le régime iranien, qu’il a qualifié de terroriste et de bourreau de ses propres citoyens.

La réplique d’Albares a été directe : il a qualifié l’attaque de l’armée israélienne contre le Liban de « véritable honte pour la conscience de toute l’humanité » et a souligné que la position de l’Espagne prend encore plus de sens après cette nouvelle violation du droit international dans le pays voisin.

Devant les députés, le chef de la diplomatie espagnole a décrit la décision de Trump et de Netanyahu d’attaquer l’Iran comme « la plus grande attaque contre la civilisation construite à partir de l’idéal humaniste ».

L’alternative qu’il pose, a-t-il soutenu, est connue : « l’ordre de paix ou le désordre ; la loi ou la force ; la coopération ou la confrontation ».

« Qu’Israël ne veuille même pas entendre parler d’un cessez-le-feu au Liban ne doit pas nous faire baisser les bras, bien au contraire », a déclaré le ministre.

Le casque bleu et le face-à-face entre Muñoz et Robles

La comparution d’Albares a coïncidé avec un épisode qui a agité le débat politique autour de la présence militaire espagnole au Liban.

Mercredi, un soldat espagnol intégré à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a été retenu pendant plus d’une heure par l’armée israélienne.

Le gouvernement a qualifié cette détention d’illégale et a exigé des explications de la chargée d’affaires de l’ambassade israélienne, Dana Erlich.

La ministre de la Défense, Margarita Robles, a précisé que le militaire avait été libéré après intervention de l’ONU et du gouvernement espagnol, ajoutant que les casques bleus avaient fait l’objet de « comportements agressifs » de la part d’un membre de l’armée israélienne, qu’elle a qualifié « d’exalté ».

La diplomatie en mouvement

La réouverture de l’ambassade à Téhéran ne se produit pas dans le vide.

Albares avait déjà expliqué avant l’annonce que l’Espagne demandait à l’Iran des garanties pour le passage « libre et sûr » des navires par le détroit d’Ormuz, tout en reconnaissant que cette gestion se heurtait à des « problèmes techniques ».

Cette décision s’ajoute à une série de mouvements diplomatiques engagés depuis le début du conflit : fermeture de l’espace aérien à l’aviation militaire américaine liée à l’opération Furia Épica, blocage des bases de Rota et Morón, ainsi que le retrait de l’ambassadeur en Israël le 11 mars.

Dans ce contexte, la Fondation des Nations unies a décerné cette semaine à Pedro Sánchez le prix Champion for Global Change pour son « engagement en faveur d’un ordre international bénéfique à tous les pays ».

Albares a résumé la logique guidant chacune de ces décisions par une formule répétée à plusieurs reprises devant les députés : tous les forums et tous les vecteurs doivent être mis au service de la transformation du cessez-le-feu temporaire en paix durable.

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