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Cultiver un foie à l’intérieur du corps : l’avancée qui pourrait transformer l’avenir des greffes

18 avril 2026 - 17:26

Rédaction Science – La médecine régénérative vient de franchir une étape majeure qui pourrait bouleverser le traitement des maladies hépatiques terminales : des chercheurs du Wyss Institute, de Boston University et du MIT sont parvenus à faire croître un tissu hépatique fonctionnel à l’intérieur d’un organisme vivant, sans devoir fabriquer au préalable un organe complet en laboratoire.

L’étude, publiée dans Science Advances, propose une alternative révolutionnaire à la transplantation classique : au lieu d’attendre un organe compatible — une ressource dramatiquement rare —, il devient possible d’implanter une petite structure bio-ingénierée capable de se développer directement dans le corps du patient.

Aux États-Unis, près de 20 % des patients inscrits sur liste d’attente pour une greffe du foie décèdent avant de recevoir un donneur. Le problème n’est pas seulement médical, mais structurel : la demande dépasse largement l’offre.

La nouvelle technique, baptisée BOOST (Bioengineered On-demand Outgrowth via Synthetic Biology Triggering), vise à créer une sorte de « foie satellite » capable de s’étendre progressivement afin de soulager la charge métabolique du foie malade.

Les chercheurs ont identifié un verrou biologique essentiel : lorsque les cellules hépatiques deviennent trop denses, une protéine appelée YAP se dégrade, stoppant ainsi leur prolifération.

Pour contourner ce frein naturel, ils ont conçu une version génétiquement modifiée de YAP résistante à la dégradation, qu’ils ont associée à quatre facteurs de croissance majeurs (HGF, TGFa, WNT2 et RSPO3). Ce n’est que la combinaison des deux qui a permis une expansion massive du tissu.

L’innovation décisive réside dans le contrôle du processus : la croissance n’est activée que par l’administration de doxycycline (DOX), un antibiotique courant et sûr. Lorsque le médicament est retiré, la prolifération s’arrête. Le développement du tissu devient ainsi contrôlable à distance.

Chez des souris saines, une semaine de traitement a permis une expansion de 500 % du tissu implanté, avec duplication des hépatocytes, sans fibrose ni formation tumorale.

La chercheuse principale, Amy Stoddard, souligne qu’il n’a pas été nécessaire de provoquer une lésion préalable du foie pour déclencher la croissance du greffon, ce qui constitue une rupture majeure avec les approches antérieures.

Pour Sangeeta Bhatia, directrice de l’étude, le principe BOOST pourrait également être appliqué aux tissus cardiaques, pancréatiques et à d’autres thérapies cellulaires complexes.

Ce n’est pas encore un traitement immédiat, mais c’est déjà une révolution conceptuelle : ne plus fabriquer des organes complets hors du corps, mais apprendre au corps lui-même à les reconstruire.

Peut-être que la greffe du futur n’arrivera plus dans une glacière chirurgicale, mais grâce à un simple comprimé.

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