Pedro Sánchez, Lula, Claudia Sheinbaum, Gustavo Petro et plusieurs dirigeants progressistes se sont réunis en Catalogne pour défendre une alternative politique face à l’affaiblissement du multilatéralisme, à la montée de l’extrême droite et à la banalisation croissante du recours à la force.
Barcelone a voulu ce week-end apparaître non comme une simple scène diplomatique, mais comme une capitale de résistance politique. Tandis qu’à Milan l’extrême droite européenne affichait sa puissance idéologique, la capitale catalane accueillait plusieurs dirigeants progressistes décidés à défendre une autre vision du monde : celle d’une démocratie qui refuse de devenir un simple décor institutionnel.
Pedro Sánchez a ouvert la IVe Réunion pour la Défense de la Démocratie avec un avertissement qui ne relève plus de la rhétorique mais de l’urgence : « La démocratie ne peut pas être considérée comme acquise. » Le chef du gouvernement espagnol a dénoncé les attaques répétées contre le système multilatéral, la remise en cause du droit international et la dangereuse normalisation de l’usage de la force sur la scène mondiale.
Autour de lui se trouvaient Luiz Inácio Lula da Silva, Claudia Sheinbaum, Gustavo Petro, Cyril Ramaphosa et d’autres dirigeants partageant la même inquiétude : l’érosion des règles internationales et la montée de discours qui substituent la puissance à la diplomatie.
Même si les divergences avec Donald Trump étaient évidentes, les participants ont refusé de présenter la rencontre comme un sommet anti-Trump. Gustavo Petro a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’« une alternative pour le monde, et non contre quelqu’un ». Une nuance essentielle : la gauche internationale cherche à retrouver une initiative politique sans se laisser enfermer dans la simple réaction à Washington.
Sánchez a également plaidé pour une réforme profonde des Nations unies. Il ne s’agit pas seulement de moderniser l’ONU, mais de repenser sa légitimité et son leadership, allant jusqu’à proposer qu’elle soit dirigée par une femme. Lula, lors de la clôture, a renforcé cette idée en appelant à restaurer la crédibilité d’une organisation affaiblie par l’irresponsabilité des membres permanents du Conseil de sécurité.
Le sommet a aussi permis de mettre en scène le réchauffement diplomatique entre l’Espagne et le Mexique. La présence de Claudia Sheinbaum en Europe, la première depuis son arrivée au pouvoir, symbolise une volonté de recomposition après plusieurs années de tensions liées à la demande mexicaine de reconnaissance historique des abus de la conquête espagnole.
Felipe VI avait déjà envoyé un signal en mars en reconnaissant publiquement ces abus, et Sheinbaum a choisi l’apaisement : « Il n’y a pas de crise diplomatique, il n’y en a jamais eu. » Une formule diplomatique, certes, mais aussi une manière élégante de refermer un cycle sans mise en scène excessive.
En parallèle, le message le plus répété fut celui du vieux mot d’ordre pacifiste : non à la guerre. Sánchez a renouvelé son opposition à l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, une position qui lui a valu les reproches directs de Trump mais qui le renforce aussi comme l’une des voix européennes les plus critiques envers Washington.
Trump, fidèle à son style, a répliqué avec mépris, reprochant une nouvelle fois à l’Espagne son refus d’augmenter ses dépenses militaires et qualifiant sa situation économique de « désastreuse ». En réalité, cette critique confirme souvent une chose : lorsque Washington s’agace, c’est qu’il écoute.
Barcelone n’a pas résolu le désordre du monde, mais elle a au moins tenté de lui donner un nom. Et dans une époque saturée de vacarme géopolitique, cela ressemble déjà à une forme de résistance.
