La crédibilité d’un processus électoral ne peut être assurée si une partie de la société en reste exclue. C’est le message central porté lundi à Rabat par Nasser Bourita, lors du lancement de la cinquième édition du cycle de formation des observateurs électoraux de l’Union africaine.
Coprésidant cette cérémonie avec le commissaire de l’Union africaine aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité, Bankole Adeoye, le ministre marocain des Affaires étrangères a insisté sur la nécessité d’une démocratie réellement représentative, où les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap participent pleinement à la vie institutionnelle.
Selon lui, leur présence ne doit pas relever d’un simple impératif symbolique, mais constituer un véritable fondement de légitimité et de qualité démocratique. Une élection crédible, a-t-il rappelé, ne se mesure pas seulement à sa régularité technique, mais aussi à sa capacité à refléter fidèlement la diversité réelle des sociétés africaines.
Bourita a souligné que cette cinquième édition marque bien plus qu’une continuité administrative : elle traduit la consolidation d’un partenariat stratégique entre le Maroc et l’Union africaine, fondé sur une vision commune d’une Afrique stable, pacifique et souveraine dans ses choix démocratiques.
Depuis son lancement, ce programme a permis de former près de 400 observateurs issus de 53 pays africains représentant les cinq régions du continent. Parmi eux, 65 % sont des femmes et 85 % sont des jeunes, illustrant la volonté d’ancrer la démocratie africaine dans une nouvelle génération d’acteurs formés et engagés.
Le ministre a rappelé que cette initiative repose sur une conviction forte : la démocratie africaine ne peut se consolider durablement que si elle est portée par des compétences africaines, indépendantes, qualifiées et profondément impliquées dans les réalités du continent.
Face aux nouvelles menaces liées à l’ère numérique, notamment les deepfakes, la désinformation algorithmique et l’usage abusif de l’intelligence artificielle, Bourita a également insisté sur l’urgence d’adapter les mécanismes d’observation électorale. Pour lui, les observateurs africains doivent désormais être formés à anticiper ces nouvelles formes de manipulation qui fragilisent la confiance démocratique.
Dans cette même logique, la troisième édition du Séminaire-dialogue sur la démocratie et les élections en Afrique, organisée en partenariat avec le Policy Center for the New South, vient compléter l’approche technique par une réflexion géopolitique plus large.
Placée sous le thème de la numérisation de la démocratie et des stratégies d’intelligence artificielle portées par la jeunesse dans un monde en mutation, cette rencontre vise à inscrire le débat électoral africain dans les grands enjeux contemporains de gouvernance et de souveraineté numérique.
À Rabat, le message est clair : observer les élections ne suffit plus ; il faut désormais protéger la démocratie elle-même.
