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La guerre silencieuse pour contrôler l’IA : millions de dollars, lobbying et pouvoir politique

26 avril 2026 - 15:34

L’intelligence artificielle n’est plus seulement une révolution technologique : elle est devenue un enjeu politique majeur. Alors que les gouvernements des États-Unis et de l’Europe débattent de la manière de réguler ce nouveau secteur stratégique, les grandes entreprises de l’IA intensifient leurs campagnes d’influence pour peser sur les futures décisions.

À coups de millions de dollars, des entreprises comme OpenAI, Anthropic ou encore la française Mistral multiplient les propositions de politiques publiques, les contacts institutionnels et les opérations de lobbying afin de façonner un cadre réglementaire favorable à leurs intérêts.

OpenAI, l’entreprise qui a popularisé ChatGPT fin 2022, a récemment présenté un document de treize pages proposant plusieurs mesures pour adapter la société américaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Parmi elles figurent une hausse de la fiscalité sur certaines plus-values, la création d’un fonds public de redistribution des bénéfices et le renforcement de la protection sociale.

Mais plusieurs experts y voient davantage une stratégie de communication qu’une véritable volonté de réforme. Depuis Bruxelles, la chercheuse Margarida Silva, du centre SOMO, parle d’« un exercice de marketing », tandis que le politologue Charles Thibout estime que l’objectif principal reste l’amélioration symbolique de l’image de ces entreprises.

L’influence ne se limite pas aux déclarations publiques. À Washington, un quart des lobbyistes fédéraux ont travaillé sur des questions liées à l’IA en 2025, soit environ 3.500 personnes, selon l’ONG Public Citizen. Cela représente une hausse de 170 % en seulement trois ans.

À l’approche des élections de mi-mandat prévues en novembre aux États-Unis, les géants technologiques investissent également des millions dans des campagnes destinées à soutenir des candidats favorables à une régulation minimale. Donald Trump, partisan d’un encadrement plus souple depuis son retour à la Maison Blanche, compte parmi ses soutiens financiers des figures majeures d’OpenAI comme Greg Brockman et Sam Altman.

En Europe, où les modalités d’application de la nouvelle législation sur l’IA sont encore en discussion, les dépenses de lobbying des entreprises technologiques ont augmenté de 55 % depuis 2021, atteignant 151 millions d’euros en 2025, selon Corporate Europe Observatory et Lobby Control.

La véritable question n’est pas de savoir si les entreprises doivent participer au débat réglementaire — ce qui est normal dans tout secteur stratégique —, mais jusqu’où leur influence peut orienter des décisions relevant de l’intérêt public.

Les critiques estiment que ces méthodes rappellent celles d’industries comme le tabac ou le pétrole : retarder les normes contraignantes, affaiblir les contrôles et protéger les profits privés face à l’intérêt collectif.

D’autres défendent toutefois l’idée qu’une régulation excessive pourrait freiner l’innovation et affaiblir la compétitivité de l’Europe et des États-Unis face aux autres puissances mondiales.

La vraie bataille n’est donc pas de savoir s’il y aura une régulation, mais qui en écrira les règles.

Et cette bataille a déjà commencé.

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