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Raffinerie Samir : le Maroc entre stratégie de stockage et dépendance énergétique persistante

05 mai 2026 - 15:32

 Le débat sur la sécurité énergétique du Maroc s’est intensifié cette semaine au Parlement, révélant des divergences profondes sur l’orientation stratégique du pays. D’un côté, le gouvernement met en avant une montée en puissance des capacités de stockage. De l’autre, syndicats et experts dénoncent l’abandon prolongé de la raffinerie Samir, symbole d’une souveraineté énergétique inachevée.

Une feuille de route ambitieuse à l’horizon 2030

Intervenant devant la Chambre des représentants, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a présenté les grandes lignes de la stratégie nationale. L’objectif est de porter les capacités de stockage à plus de 4,5 millions de mètres cubes d’ici 2030, grâce à un investissement estimé à 6 milliards de dirhams.

Selon les données officielles, ces capacités ont déjà atteint environ 3,2 millions de mètres cubes en 2025, soit une hausse de plus de 30 % depuis 2021. Le gouvernement entend ainsi renforcer la résilience du pays face aux chocs d’approvisionnement internationaux.

Cette stratégie s’accompagne d’une redistribution territoriale des infrastructures. Aujourd’hui fortement concentrées dans les régions de Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan, les capacités de stockage devraient être progressivement étendues, notamment vers l’Est, autour du complexe portuaire de Nador West Med.

Une sécurité relative, sous contrainte extérieure

Malgré ces avancées, la sécurité énergétique du Maroc reste fragile. Le pays dispose actuellement de stocks couvrant un peu plus de 50 jours de consommation pour les carburants, un niveau proche des standards réglementaires.

Mais cette marge de sécurité repose entièrement sur les importations. Depuis l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015, le Maroc ne dispose plus de capacité de raffinage domestique. Il dépend donc des marchés internationaux non seulement pour l’approvisionnement en pétrole brut, mais aussi pour les produits raffinés.

Cette situation expose directement le pays à la volatilité des prix mondiaux, comme l’a illustré la hausse récente des carburants.

Plus encore, une confusion persiste entre capacité de stockage et stock réellement disponible. Or, la sécurité énergétique ne se mesure pas à la taille des infrastructures, mais aux volumes effectivement mobilisables en cas de crise, rappelle la Cour des comptes.

La Samir au cœur de la controverse

C’est sur ce point que les critiques se concentrent. Pour plusieurs acteurs syndicaux, la véritable faille du système énergétique marocain réside dans la non-exploitation de la raffinerie Samir.

À l’arrêt depuis près d’une décennie, cette infrastructure dispose pourtant de capacités importantes, tant en raffinage qu’en stockage. Toutefois, seule une part marginale de ses installations serait aujourd’hui utilisée, selon ses défenseurs.

Ces derniers accusent l’exécutif de privilégier un modèle fondé sur l’importation et la distribution, au détriment d’une base industrielle nationale. Une orientation qu’ils jugent risquée à long terme, car elle renforce la dépendance du pays aux marchés extérieurs.

Deux visions opposées de la souveraineté énergétique

Le débat autour de la Samir dépasse la seule question technique. Il révèle deux approches distinctes de la souveraineté énergétique.

Le gouvernement défend une stratégie axée sur la diversification des sources d’approvisionnement, le développement logistique et le renforcement du stockage. Une approche qui vise à optimiser l’intégration du Maroc dans les marchés énergétiques mondiaux.

À l’inverse, les partisans de la relance de la Samir plaident pour une réindustrialisation du secteur, estimant qu’une véritable souveraineté passe par la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur, du raffinage à la distribution.

Une équation encore non résolue

Entre ces deux modèles, le Maroc évolue aujourd’hui dans une position intermédiaire. Le pays dispose de capacités de stockage en expansion, mais reste dépourvu d’un levier industriel stratégique.

Cette situation alimente les interrogations sur la cohérence de la politique énergétique nationale. Car si le stockage permet de gagner du temps en cas de crise, il ne remplace pas une capacité de transformation locale.

Un choix stratégique en suspens

Au final, la question posée dépasse largement le cas de la Samir. Elle touche à un choix de fond : celui du modèle énergétique que le Maroc souhaite privilégier.

Faut-il continuer à investir dans un système basé sur l’importation optimisée, ou relancer une industrie nationale du raffinage, plus coûteuse mais potentiellement plus souveraine ?

Pour l’heure, aucune réponse claire n’émerge. Mais une certitude s’impose : dans un contexte international incertain, la dépendance énergétique reste l’un des principaux défis structurels du pays.

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