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Trump cible la Tunisie par une nouvelle offensive tarifaire

08 juillet 2025 - 19:22

Washington s’est exprimé sur le ton qu’il préfère : celui de la punition économique. Cette semaine, Donald Trump a adressé une lettre au président tunisien Kaïs Saïed annonçant un tarif douanier de 25 % sur tous les produits tunisiens entrant aux États-Unis à partir du 1ᵉʳ août. Le motif officiel : la Tunisie maintient des barrières tarifaires qui, selon la Maison Blanche, créent un déficit commercial injuste.

La lettre est brève, dure, sans détour. Un ultimatum : si la Tunisie riposte en augmentant ses propres tarifs, la sanction américaine montera encore. Trump signe dans son style habituel, direct, sans nuance : tu acceptes les conditions, ou tu paies le prix. Rien sur la situation politique interne tunisienne, ni sur l’impact social de cette décision. Le texte parle de commerce, mais se lit comme un acte de diplomatie coercitive.

Derrière les chiffres se cache un message stratégique. La Tunisie, petit pays à l’économie fragile, dépend de son commerce extérieur et souffre d’une stagnation que cette mesure pourrait aggraver. La lettre vise aussi un public au-delà de Saïed. En année électorale aux États-Unis, Trump renforce son image de négociateur intransigeant auprès de sa base conservatrice, prouvant qu’il n’hésite devant personne, même un partenaire mineur du Maghreb.

Mais il ne s’agit pas seulement de tarifs. C’est une histoire sur la place des pays comme la Tunisie dans l’ordre mondial. Le ton et le contenu rappellent les télégrammes envoyés par Washington pendant la Guerre froide pour discipliner ses alliés périphériques : l’économie en échange de l’obéissance géopolitique. La Tunisie n’est ni la Chine ni l’Europe ; elle n’a pas de marge réelle de négociation. Cette asymétrie explique pourquoi Trump se permet des mesures qui, envers d’autres partenaires, provoqueraient des représailles immédiates.

Le président Saïed, absorbé par son projet de recentralisation du pouvoir, n’a pas encore réagi officiellement. Ses priorités restent internes : réformes constitutionnelles, tensions avec l’opposition, et une croissance économique au point mort qui menace sa légitimité. Le tarif de Trump le place face à un dilemme : céder sans protester ou riposter symboliquement, au risque d’un coût économique insoutenable.

À Washington, la lettre circule comme un nouvel exemple du retour de la « diplomatie des tarifs » qui avait marqué le premier mandat de Trump. Pour lui, les accords commerciaux ne sont pas des pactes gagnant-gagnant, mais des épreuves de force où seul l’imposeur gagne.

Pour la Tunisie, ce 25 % n’est pas qu’un impôt. C’est une leçon politique sur sa vulnérabilité dans un système où la souveraineté formelle ne suffit pas. La lettre de Trump n’emploie pas le mot « punition », mais elle l’insinue à chaque paragraphe. Sa conclusion, promettant de réviser le tarif seulement si la Tunisie ouvre son marché et supprime ses barrières, rappelle une logique bien connue : ouvrir son économie ou payer le prix de sa fierté.

La véritable leçon de cette lettre n’est peut-être pas commerciale, mais hiérarchique. D’autres pays en Afrique, en Asie et en Amérique latine l’ont apprise : accepter l’inégalité comme prix de la stabilité. La Tunisie devra bientôt choisir : baisser la tête ou chercher d’autres partenaires dans un monde où, malgré tout, les options restent limitées.

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