L’écrivain franco-libanais a été distingué à Guadalajara, au Mexique, pour une œuvre qui interroge les fractures du monde contemporain et défend une identité humaine partagée.
L’écrivain Amin Maalouf a été couronné lundi par le Prix FIL de Littérature en Langues Romanes, l’un des plus prestigieux du monde hispanophone. Depuis sa bibliothèque, par visioconférence, l’auteur de Léon l’Africain a livré un message d’espoir face aux dérives autoritaires et aux crispations identitaires. « Nous vivons une époque préoccupante, parfois même terrifiante, mais je reste convaincu que l’humanité trouvera la force de surmonter cette période », a déclaré le lauréat.
Le jury, composé de spécialistes venus de plusieurs continents, a salué une voix « nécessaire pour comprendre notre temps », qui dénonce la tentation du repli nationaliste ou religieux et éclaire les dynamiques de métissage qui façonnent nos sociétés. La chercheuse espagnole Carmen Alemany a souligné la difficulté du choix final, tant les candidatures étaient de « tout premier ordre ».
Né à Beyrouth en 1948 et installé en France depuis les années 1970, Maalouf a bâti une œuvre qui oscille entre roman, essai et réflexion sur les migrations, l’exil et les identités multiples. À travers des ouvrages traduits dans des dizaines de langues, il explore le destin des peuples en marge, des voix oubliées et des héritages croisés. Dans ses propos, il a insisté sur l’importance de préserver une identité commune : « Celle qui mérite le plus de respect est l’identité humaine. Nous appartenons tous à une culture plus vaste, celle de l’humanité. Aucune civilisation ne peut se montrer arrogante face aux autres. »
Doté de 150 000 dollars, le prix distingue chaque année un auteur d’expression espagnole, catalane, française, italienne, roumaine ou portugaise. La cérémonie officielle de remise aura lieu en novembre, lors de l’ouverture de la Foire Internationale du Livre de Guadalajara, plus grand rendez-vous littéraire d’Amérique latine et deuxième au monde après Francfort. Cette année, Barcelone est la ville invitée d’honneur, avec la présence annoncée de près de soixante-dix écrivains.
Maalouf succède ainsi à l’écrivain mozambicain Mia Couto, récompensé en 2024. Son discours, centré sur la solidarité face aux extrémismes, résonne comme un appel à placer la littérature au cœur de la résistance culturelle. Car, selon lui, les livres ne sont pas seulement des récits : ils sont des remèdes contre le naufrage moral qui menace nos sociétés.
