Maroc et France en « chiens de faïence »

28 septembre 2023 - 09:57

Par Jacques Ould Aoudia 

Au début de l’année 2016, nous écrivions ces mots: La France et le Maroc dans le monde, en ce début du XXI° siècle – « La France défend sa place dans le monde, une place éminente qui est menacée. Le Maroc n’avait aucune place dans ce monde. Désormais, il cherche à s’y faire une place. » Entendu lors d’une conférence à la Maison du Maroc à Paris, janvier 2016.

Lucide constatation d’alors ! Où en sommes-nous quelques années plus tard, alors qu’un séisme a durement frappé le centre du Maroc en septembre 2023 ?

Depuis cette date, des évènements ont consolidé le Maroc dans sa volonté de « faire sa place dans le monde ». Après la remarquable maitrise par les autorités de la pandémie du Covid 19, la prise en main rapide et ferme de l’organisation des secours après le tremblement de terre du 8 septembre 2023 dans l’Atlas, illustre cet élan vers une montée en puissance du Royaume. Avec l’affirmation, décomplexée, de sa souveraineté, basée sur la remarquable efficacité de sa centralisation dans l’organisation des aides apportées aux populations sinistrées.

L’aide officielle française écartée

Une partie des médias français n’a retenu, de cette affirmation, que l’exclusion de la France parmi la sélection des pays habilités à apporter de l’aide humanitaire officielle. Seuls pays admis : l’Espagne, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Royaume-Uni.

Les autorités marocaines ont fait très rapidement le choix de garder la maitrise totale du processus de secours, à travers ses institutions: armée, protection civile, administrations et collectivités territoriales. Tout en laissant la société civile agir d’une façon décentralisée, avec des enjeux difficiles de coordination en son sein.

Le 13 septembre 2023. L’ONG « Migrations & Développement » achemine des citernes pour l’eau dans les villages sinistrés des régions Sud-Est du séisme, accessibles par Taroudant. Globalement, ce choix s’est montré pertinent, compte tenu des difficultés de porter secours à une population dispersée dans des milliers de petits villages. Pour certains enclavés dans le massif montagneux du Haut Atlas.

Des accusations indécentes et lugubres ont été portées envers les autorités marocaines. Celles-ci auraient négligé le sauvetage de villageois sinistrés en refusant l’aide internationale (dont française) qui frappait à sa porte. C’est le dépit de se trouver exclus qui a alimenté ce mauvais procès. Mais surtout l’impossibilité de comprendre que le Maroc était en train de construire, de renforcer, de confirmer à ses propres yeux et face au monde, sa souveraineté pleine et entière. Et c’est cela qui est insupportable pour une partie des élites françaises. Le surplomb néocolonial continue d’aveugler bien des personnes sur les dynamiques à l’œuvre dans la marche du monde !

Comment fonctionne l’aide humanitaire dans les catastrophes naturelles ?

« 90% de l’assistance aux populations affectées par une catastrophe naturelle est assurée par la population et les institutions locales ». C’est Rony Brauman, spécialiste de l’aide d’urgence aux populations victimes de catastrophes naturelles, qui avait énoncé cette phrase. Il l’avait fait lors du Tsunami de décembre 2004. Une catastrophe qui avait ravagé les cotes indonésiennes et thaïlandaises et fait 220.000 victimes.

Et pendant que les acteurs locaux s’activent dans les secours, les médias du monde entier sont tournés vers les 10% de l’aide qui vient de l’extérieur. Avec, souvent, une efficacité contestable. Soit en raison du chaos créé par la multiplicité des acteurs étrangers qui agissent pour mettre en avant leur drapeau. Soit par ce que l’action se déploie sans connaissance des réalités du terrain. Ainsi, lors de ce Tsunami de 2004, on évoquait les risques d’épidémie… qui n’existaient que dans l’imagination des journalistes. On retrouve d’ailleurs ce même aveuglement à propos des inondations dans l’Est de la Libye de septembre 2023. Les sinistrés ont besoin d’engins pour extraire les victimes des boues qui ont submergé les quartiers. Pas de tant d’hôpitaux de campagne que les pays étrangers s’empressent de projeter sur les lieux du sinistre. Par facilité, par souci médiatique.

« Chiens de faïence »

Avec cet épisode douloureux, le face à face tendu entre les dirigeants de France et du Maroc trouve un nouveau terrain d’expression.

En dépit de ces tensions, les sociétés civiles des deux rives, reliées par des milliers de relations interpersonnelles, n’ont jamais cessé leur collaboration. Cela s’est exprimé par un puissant élan de solidarité, qui a mobilisé la diaspora marocaine, mais aussi tous ceux qui se sentent solidaires de ce pays, de ses habitants, même s’ils n’en sont pas originaires. C’est cet élan, par-delà les vicissitudes des relations diplomatiques, qui préserve l’avenir des relations entre les deux sociétés; sur le long terme.

Jacques Ould Aoudia est Économiste et Vice président de l’association franco- marocaine «Migrations et développement ».

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