Comprendre l’histoire de l’humanité: NORTH - WALLIS et WEIGAST (1ére partie)

28 mars 2024 - 09:44

Au milieu des années 2000, trois auteurs américains, Douglass C. NORTH, John Joseph WALLIS, et Barry R. WEINGAST (NWW), élaborent un texte immense. Un texte qui a la prétention de proposer un cadre pour penser le monde depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Le premier des trois auteurs a reçu en 1993 le Prix de la Banque de Suède dénommé (à tort) Prix Nobel d’économie.

Ces réflexions ont débouché sur la publication d’un livre « Violence and Social Orders: A Conceptual Framework for Interpreting Recorded Human History » en 2009. Une traduction en français est sortie en 2010 sous le titre « Violence et Ordres sociaux ». J’ai piloté cette traduction. Et écrit la postface de l’ouvrage avec Nicolas Meisel.

C’est un texte immense. Un texte qui reprend une longue tradition de la pensée occidentale visant à analyser la marche des sociétés du monde à l’échelle globale. Dans une approche où politique et économie se mêlent inextricablement. Les auteurs, NWW, inspirateurs de l’approche institutionnaliste, s’inscrivent dans la lignée de Marx, Weber, Keynes… Et plus récemment, Mushtaq Khan, Dany Rodrik…

Une démarche qui se pose en décalage par rapport à l’approche produite par la mondialisation libérale: pourquoi penser le monde puisque les marchés sont là, qui modèlent tous seuls ce monde ? La mode est désormais aux analyses micro-micro économiques, à l’échelle d’un village, d’une petite communauté. Où des expériences empiriques (randomisées si possible) dicteront les politiques publiques élaborées sur des « bases scientifiques ». Quel soulagement pour les responsables politiques ! Une façon pour eux d’évacuer leur responsabilité, puisque c’est la science qui aura dicté leurs décisions !

Dans les années 2000, j’ai participé à un programme de recherche mené conjointement par l’Agence Française de Développement et la Banque mondiale, visant à tester sur des « cas pays » l’approche des auteurs. WW participaient à l’exercice. Turquie, Brésil, Afrique du Sud, Ghana, Côte d’Ivoire, Kenya, Madagascar, Inde, Bengladesh, Chine, Vietnam étaient au programme… L’Université de Maastricht était impliquée sur les dimensions quantitatives dans une approche transversale. Avec notamment l’exploitation de la base de données « Institutional Profiles Database ». Ce grand et magnifique projet, très richement doté, a sombré dans le vide, traversé par des conflits internes ici et là-bas. Et abattu par la « pensée » des marchés !

Jacques Ould Aoudia, Économiste, et Vice président de l’association franco- marocaine «Migrations et développement ».

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