L’Espagne consolide, en 2025, sa position de référence mondiale dans le domaine de la transplantation d’organes. Selon le bilan présenté par l’Organisation nationale des transplantations (ONT), 6 343 greffes ont été réalisées au cours de l’année écoulée. Il s’agit de la deuxième année consécutive au-delà du seuil des 6 300 interventions, signe d’une stabilité remarquable du système espagnol.
Avec un taux de 129,9 transplantations par million d’habitants et 48,9 donneurs par million, l’Espagne reste en tête du classement international. Même si ces chiffres ne dépassent pas les records historiques enregistrés il y a une décennie, ils confirment la solidité d’un modèle sanitaire devenu une référence pour de nombreux pays.
Un modèle organisationnel structuré
Le succès espagnol repose sur une architecture institutionnelle précise. L’ONT coordonne un réseau d’hôpitaux autorisés, dotés d’équipes spécialisées et de coordinateurs de greffe présents au sein même des établissements. Ces professionnels, souvent médecins en activité clinique, sont chargés d’identifier les donneurs potentiels et d’assurer la gestion logistique du processus.
Ce maillage hospitalier, combiné à une culture sociale favorable au don, explique la régularité des performances. Le cadre juridique espagnol repose sur le principe du consentement présumé, tout en maintenant systématiquement la consultation des familles. Cette articulation entre norme légale et confiance sociale constitue l’un des piliers du système.
En dix ans, l’activité de transplantation a progressé d’environ 50 %, reflet d’investissements continus dans les infrastructures hospitalières et dans la formation spécialisée.
Une activité dominée par la greffe rénale
Sur les 6 343 greffes réalisées en 2025, 4 999 concernent le rein, soit près de 79 % du total. Cette prédominance s’explique par la forte prévalence des maladies rénales chroniques avancées et par les bénéfices cliniques du transplant par rapport à la dialyse, tant en termes de qualité de vie que de survie.
Les greffes hépatiques occupent la deuxième place avec 1 476 interventions. Les pathologies du foie, notamment les cirrhoses et certains cancers hépatiques, constituent les principales indications. Les transplantations cardiaques (390), pancréatiques (103) et intestinales (24) complètent le panorama, ces dernières restant des procédures hautement spécialisées réservées à des situations cliniques spécifiques.
La capacité espagnole à maintenir un niveau élevé d’activité dans l’ensemble de ces segments illustre la maturité du dispositif.
Un écart significatif avec l’Europe
La comparaison internationale renforce la singularité espagnole. Avec 48,9 donneurs par million d’habitants, l’Espagne dépasse les États-Unis (46,8) et se situe largement au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, estimée à 28,2. Parmi les grands pays européens, l’Italie atteint 30,6 donneurs par million, la France 28,5, le Royaume-Uni 20,4 et l’Allemagne seulement 10,7.
Cet écart ne relève pas uniquement de facteurs culturels. Il traduit une organisation centralisée, une coordination efficace et une stratégie de santé publique cohérente sur le long terme.
Un intérêt stratégique pour le Maroc
Ces données invitent à une réflexion comparative. Le Maroc a engagé ces dernières années un processus de modernisation de son système hospitalier et de renforcement de la formation médicale spécialisée. L’expérience espagnole montre qu’au-delà des équipements, la réussite repose sur trois leviers : coordination nationale forte, professionnalisation des équipes et ancrage social du don.
Dans un contexte de coopération sanitaire croissante entre Rabat et Madrid, notamment en matière de formation médicale et d’échanges hospitaliers, le modèle espagnol constitue un laboratoire d’observation utile. Il démontre qu’un système performant ne dépend pas uniquement des ressources financières, mais d’une gouvernance claire et d’une confiance collective durable.
Stabilité et maturité
Les chiffres de 2025 confirment une phase de stabilisation après une décennie de croissance rapide. Cette continuité constitue en soi un indicateur de maturité institutionnelle. Maintenir un tel niveau d’activité, année après année, suppose une capacité logistique et humaine élevée.
L’Espagne ne présente pas seulement un succès statistique. Elle incarne un modèle organisationnel cohérent où coordination nationale, expertise médicale et adhésion sociale convergent vers un objectif commun : réduire les listes d’attente et sauver des vies.
Á l’heure où l’espace euro-méditerranéen se voit marqué par des défis sanitaires croissants, cette performance renforce la position de l’Espagne comme partenaire de référence en matière de politiques publiques de santé.
