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À Fès, la recherche en psychologie se reconnecte aux urgences sociales marocaines

01 mai 2026 - 20:42

L’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah a accueilli le premier forum national des docteurs en psychologie, une initiative qui vise à rapprocher la recherche académique des enjeux concrets de santé mentale au Maroc.

À Fès, la psychologie marocaine a, le temps de deux journées, déplacé son centre de gravité. Réunis à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, chercheurs, enseignants et doctorants ont interrogé une question simple en apparence, mais structurante : comment faire de la recherche un outil utile à la société ?

Le premier forum national des docteurs en psychologie, organisé en partenariat avec la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mehraz, s’inscrit dans une volonté plus large de sortir la discipline de ses cadres strictement académiques. L’enjeu n’est plus seulement de produire du savoir, mais de le rendre opérant face aux transformations que traverse le Maroc.

Dans les échanges, une idée revient avec insistance : les mutations sociales — numériques, économiques, culturelles — génèrent de nouvelles formes de vulnérabilité psychique. Stress lié aux environnements digitaux, troubles de l’apprentissage, difficultés d’adaptation dans les milieux professionnels : autant de phénomènes qui exigent des réponses construites sur des bases scientifiques solides.

L’hommage rendu au professeur Benaissa Zaghbouch s’inscrit dans cette perspective. Plus qu’un moment cérémoniel, il a servi de point d’appui pour rappeler une exigence fondatrice : celle d’une psychologie à la fois rigoureuse dans ses méthodes et engagée dans ses finalités. À travers cette figure, c’est toute une tradition scientifique qui est convoquée, mais aussi une responsabilité vis-à-vis des générations montantes.

Les travaux présentés ont illustré l’élargissement du champ disciplinaire. L’impact de l’intelligence artificielle sur les identités professionnelles, le stress technologique dans les métiers de la santé, ou encore l’usage de la réalité virtuelle dans les thérapies de l’anxiété témoignent d’une ouverture aux outils contemporains. Parallèlement, d’autres recherches ont insisté sur des réalités profondément ancrées dans le contexte marocain, comme les représentations sociales de la maladie mentale ou les mécanismes de résilience face aux chocs collectifs.

Ce double mouvement — ouverture internationale et ancrage local — apparaît comme la condition d’émergence d’une psychologie véritablement pertinente. Il ne s’agit plus d’importer des modèles, mais de les adapter, voire de les repenser à partir des spécificités sociales et culturelles du pays.

La question des normes de production scientifique a également occupé une place centrale. Les discussions autour des exigences de publication, de l’éthique de la recherche et de la lutte contre le plagiat traduisent une prise de conscience : la crédibilité du savoir passe autant par ses résultats que par les conditions de sa production.

Au-delà des communications, c’est une orientation qui se dessine. Celle d’une discipline appelée à jouer un rôle actif dans la compréhension des transformations du Maroc contemporain, mais aussi dans l’élaboration de réponses adaptées aux enjeux de santé mentale.

Ce premier forum ne se réduit pas à une initiative académique ponctuelle. Il marque une étape dans la structuration d’un champ scientifique en quête de cohérence et d’impact, avec l’ambition de faire de la psychologie un levier de compréhension et d’action au service de la société marocaine .

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