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Maroc/GB: une perspective géostratégique dans la nouvelle carte atlantique

05 juin 2025 - 08:33

La reconnaissance par le Royaume-Uni de la marocanité du Sahara — implicite, juridique, sans emphase — s’inscrit dans une dynamique plus large et reflète une reconfiguration postcoloniale assumée. Elle s’inscrit dans une recomposition plus large des priorités stratégiques de l’axe transatlantique.

Dans cette logique, le Maroc cesse d’être un simple acteur régional pour devenir un nœud dans l’architecture de la stabilité, de la sécurité et de la mobilité entre l’Europe méridionale, le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.

Londres redonne forme à une conviction stratégique. Elle confirme un pari mûri : celui d’un partenaire fiable, institutionnellement stable, diplomatiquement lisible, capable d’absorber les secousses sahéliennes tout en assurant une interface cohérente avec le continent africain. Le choix britannique reflète une préférence pour la prévisibilité, plus qu’une posture éthique.

Ce tournant doit aussi se lire comme une réponse indirecte à Bruxelles. Depuis le Brexit, le Royaume-Uni cherche des marges de manœuvre autonomes face à l’Europe communautaire. Le Maroc lui offre cette marge : relation bilatérale directe, accords ciblés, complémentarité stratégique. Là où Paris et Washington ont déjà établi un cap, Londres confirme sa volonté de ne pas rester spectateur.

Ce n’est pas Alger qui est visée, bien que sa réaction serve de caisse de résonance. Le message s’adresse à un système international en mutation, marqué par le retour des logiques de blocs, les frictions énergétiques et les reconfigurations africaines. Dans ce contexte, Rabat s’impose non pas par effet d’aura, mais par convergence d’intérêts. La reconnaissance britannique est moins idéologique que logistique.

Une vieille loi de la politique étrangère se vérifie : la légitimité sans poids stratégique s’épuise. En revanche, les accords construits sur des intérêts réels, même silencieux, ont tendance à durer. Ce que Londres signe aujourd’hui, c’est moins une déclaration qu’un ancrage dans l’ordre qu’elle souhaite voir se stabiliser au sud de l’Europe.

Les cartes changent lorsque les intérêts s’enracinent. Et dans ce domaine, le Maroc avance. Discrètement, mais durablement.

Fikri SOUSSAN est professeur universitaire

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