>

L’Inde resserre ses liens avec la Russie et se rapproche de la Chine face à la politique de Trump

09 août 2025 - 09:01

New Delhi répond aux tensions croissantes avec Washington par un renforcement stratégique de son partenariat avec Moscou et une ouverture vers Pékin, sur fond de guerre commerciale et de divergences géopolitiques.

Le Premier ministre indien Narendra Modi a officiellement invité Vladimir Poutine à se rendre en Inde d’ici la fin de l’année pour participer au sommet bilatéral annuel. L’invitation, transmise lors d’un échange téléphonique entre les deux dirigeants, a également permis d’aborder la situation en Ukraine et l’état des relations bilatérales. Ce geste s’inscrit dans un climat diplomatique tendu avec les États-Unis, après que Donald Trump a annoncé l’imposition de droits de douane de 50 % sur les exportations indiennes vers le marché américain. New Delhi a qualifié cette mesure de « fort regrettable », soulignant que d’autres pays continuent d’importer du pétrole russe sans subir de sanctions similaires.

La rupture du dialogue commercial, pourtant proche d’un accord, a été aggravée par les propos virulents de Trump, qualifiant l’économie indienne de « morte » et « hermétiquement protégée par des barrières commerciales ». Selon des sources indiennes, Modi aurait rappelé en juin à son homologue américain que le cessez-le-feu avec le Pakistan avait été conclu par des contacts directs entre New Delhi et Islamabad, sans médiation américaine — un épisode qui a marqué un tournant dans les relations bilatérales.

La réponse indienne dépasse le registre verbal. Elle se matérialise par un approfondissement du partenariat stratégique avec Moscou : nouveaux accords dans les domaines de la technologie, de l’espace, des métaux rares, des engrais et des transports. Le conseiller indien à la sécurité nationale, Ajit Doval, a rencontré Poutine à Saint-Pétersbourg lors de la réunion des conseillers en sécurité des pays des BRICS. Parallèlement, Modi s’est entretenu avec le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva afin de coordonner les positions face aux tarifs douaniers américains visant leurs exportations.

Malgré la fermeté affichée par Washington sur le dossier du pétrole russe, de nombreux observateurs estiment que l’Inde n’abandonnera pas facilement une relation historique avec la Russie, perçue comme un allié fiable depuis des décennies, contrairement aux États-Unis, longtemps plus proches du Pakistan. Cette crise pousse Modi à réévaluer le rapprochement avec Washington et à rouvrir un canal diplomatique avec Pékin, malgré les tensions frontalières persistantes depuis 2020. Sa visite officielle en Chine, prévue ce mois-ci, sera la première en sept ans et inclura un entretien avec Xi Jinping en marge d’un sommet régional sur la sécurité.

À Washington, le département d’État relativise l’ampleur des tensions, qualifiant l’Inde de « partenaire stratégique » malgré certaines divergences. Mais des voix internes, comme celle de Lindsay Ford, ancienne responsable au Conseil de sécurité nationale, avertissent que les politiques actuelles pourraient avoir des conséquences durables, en incitant New Delhi à se tourner davantage vers Moscou et Pékin.

Les discussions techniques se poursuivent pour tenter de sauver l’accord commercial, mais la confiance mutuelle atteint un niveau historiquement bas. Ce qui a été construit sur plusieurs décennies de rapprochement stratégique pourrait subir un revers majeur si les différends actuels ne sont pas traités avec un sens aigu des équilibres entre intérêts économiques et impératifs géopolitiques.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *